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Vacations à 950 francs CFA : quand la République paie ses enseignants au prix du mépris

IMG Les enseignants dénoncent le mépris affiché par le gouvernement.

Il fallait oser. La Ve République gabonaise l’a fait. Payer des enseignants moins de 1 000 francs CFA pour des heures de travail effectif, puis appeler cela des vacations, relève moins de la gestion publique que de l’humiliation organisée. À ce niveau-là, ce n’est plus une erreur administrative, c’est une philosophie politique.

 

Car enfin, comment qualifier des bons de caisse de 950 FCFA, 3 600 FCFA, distribués à des femmes et des hommes chargés de former l’intelligence nationale ? Même le mot symbolique paraît excessif. On est ici dans le registre du mépris comptable, celui qui transforme l’enseignant en figurant du service public, toléré mais jamais respecté.

 

Le plus troublant dans cette affaire reste le grand écart entre le discours et la réalité. Il y a quelques jours à peine, lors de la cérémonie de présentation des vœux, M. Pierre Mintsa, figure syndicale bien connue, remerciait solennellement le Président de la Transition pour son « geste fort » à l’endroit des enseignants à travers le paiement annoncé des vacations. Geste fort, vraiment ? À 950 francs, on n’est plus dans le geste, mais dans la gifle.

 

La question mérite d’être posée sans détour : comment peut-on remercier un pouvoir qui, dans les faits, traite les enseignants comme des sous-hommes budgétaires ? Car il faut bien appeler les choses par leur nom. Quand l’État paie moins qu’un ticket de taxi pour un travail intellectuel qualifié, il ne rémunère pas, il rabaisse.

 

Dans cette Ve République qui se veut rénovée, moderne et sociale, une hiérarchie des valeurs semble s’imposer clairement. Le secteur public a de la valeur, certes. Mais pas tous ses acteurs. Certains comptent plus que d’autres. Les forces de sécurité paradent, les institutions communiquent, les budgets circulent… et l’enseignant, lui, reçoit un bon de caisse qui ressemble à une aumône administrative.

 

La fonction enseignante a-t-elle encore une considération dans ce pays ? Ou bien est-elle devenue une variable d’ajustement, bonne à être célébrée dans les discours et sacrifiée dans les états de paiement ?

 

Pire encore, au lieu de reconnaître l’indécence de ces montants, la tutelle semble choisir la fuite en avant. Menaces à peine voilées, discours disciplinaires, insinuations de sanctions contre les grévistes : après l’humiliation financière, l’intimidation morale. Une méthode connue, usée jusqu’à la corde, et dont l’efficacité n’a jamais survécu à la colère sociale.

 

La République peut-elle durablement se construire sur le mépris de ceux qui instruisent ses enfants ? La Ve République peut-elle prétendre refonder l’État tout en traitant ses enseignants comme des lignes secondaires dans un tableur Excel ? À force de payer l’école au rabais, c’est l’avenir qu’on solde. Et à ce rythme-là, même 950 francs CFA finiront par coûter trop cher… politiquement.

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