Pierre Mintsa lors de sa prise de parole.
Dans un Gabon où la communication officielle célèbre chaque « succès » avec des chiffres clinquants et des inaugurations à répétition, rares sont ceux qui osent rappeler que derrière ces statistiques se cachent des centaines de milliers de citoyens oubliés, des fonctionnaires en souffrance et des quartiers populaires laissés à l’abandon. Pierre Mintsa, président de la Confédération Syndicale Machette Syndicale des Travailleur Gabonais Vaillants, fait partie de ces rares leaders capables de briser le silence et de porter la voix des invisibles.
Lors de son discours solennel en ce début d’année 2026, Mintsa a dressé un bilan lucide et sans concession des cinq premières années de la Ve République. Derrière les promesses « d’avancements automatiques » et de « projets structurants », se cache une réalité plus sombre : des dossiers administratifs bloqués depuis des années, des pensions impayées, des congés accumulés, des enseignants laissés dans l’incapacité d’exercer normalement, et une bureaucratie publique paralysée par l’incompétence et le clientélisme.
Des fonctionnaires en détresse, des arriérés qui s’accumulent
Le syndicaliste n’a pas hésité à pointer du doigt les dysfonctionnements les plus criants : 125 000 situations administratives irrégulières ont été régularisées depuis 2023, mais combien d’agents travaillent encore depuis 10 à 15 ans sans statut officiel ? Les arriérés de pensions et de congés, évalués à plusieurs dizaines de milliards de francs, continuent de peser sur les familles et les retraités, tandis que certains régimes spéciaux continuent d’absorber des ressources publiques disproportionnées. Mintsa le rappelle avec force : « Il est inacceptable que des individus attendent quinze ans pour accéder à leurs droits. L’administration est responsable, point final. »
Les quartiers populaires ne sont pas en reste. Eau potable rare, électricité intermittente, routes impraticables, écoles délabrées : le quotidien des habitants contraste violemment avec les discours officiels sur la « modernisation » et le « développement ». Mintsa met en avant une réalité souvent ignorée : ces quartiers sont le cœur du pays, et leur délaissement est un indicateur de l’échec des politiques publiques.
Une critique ciblée et sans concession de l’administration
Ce qui distingue Pierre Mintsa, c’est sa capacité à nommer les responsabilités sans craindre de froisser les puissants. Les membres du gouvernement de la Ve République, souvent qualifiés de « partenaires sociaux autoproclamés », sont accusés d’arrogance, de négligence et de favoritisme. Mintsa n’y va pas par quatre chemins : certains continuent de s’approprier les mécanismes de l’État, laissant les fonctionnaires permanents, qui assurent le service public, dans l’ombre.
La critique de Mintsa s’étend également à la gestion des services publics stratégiques : l’Institut Supérieur de Technologie (ISG), par exemple, est pratiquement « disparu dans le lac » faute de locaux appropriés, tandis que les projets miniers lancés depuis plus de deux ans peinent à se concrétiser, faute de contrôle efficace et de lutte contre l’exploitation illicite.
Des propositions concrètes et audacieuses
Mintsa ne se contente pas de dénoncer : il propose des solutions précises. La réforme du Code du travail, la mise en place d’un comité tripartite pour garantir la transparence, l’investissement dans l’eau sociale, la révision du SMIG à 150 000 francs CFA, et la réforme des régimes spéciaux et de la CNSS sont autant de mesures concrètes visant à restaurer l’équité, la justice sociale et la dignité des travailleurs.
Il insiste sur la nécessité d’une administration publique efficace et responsable, capable de traiter rapidement les dossiers des agents, de garantir l’accès aux postes budgétaires et d’assurer un suivi rigoureux des projets publics. Selon Mintsa, la Ve République ne pourra légitimer sa gouvernance que si elle prend en compte ces recommandations et cesse de se cacher derrière des chiffres flatteurs et des inaugurations spectaculaires.
Un leader syndical au service de la Nation
Au-delà des critiques, Pierre Mintsa incarne un rôle central dans la défense des intérêts des travailleurs et des citoyens ordinaires. Il rappelle que l’État n’existe pas pour embellir des chiffres ou financer des privilèges, mais pour assurer la dignité de ses citoyens. En portant la voix des fonctionnaires, des retraités et des habitants des quartiers populaires, il devient un véritable garde-fou contre l’arbitraire et l’incompétence administrative.
Le message est clair : la Ve République ne peut se permettre de continuer sur la voie de l’inertie et du clientélisme. Les attentes des Gabonais sont légitimes, les revendications des travailleurs sont justes, et Pierre Mintsa, par son engagement et sa lucidité, rappelle que la co-construction d’un État juste et efficace n’est pas un luxe mais une nécessité.
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