Le Conseil des ministres a approuvé le projet de digitalisation des services publics. © D.R.
Par Étienne Makoungou
Face à une parafiscalité généralisée qui saigne l'économie, la digitalisation de l'administration publique s'impose non comme une simple modernisation, mais comme une réforme de survie. Elle vise directement les réseaux informels de corruption qui, de la police aux douanes en passant par les municipalités, prélèvent un impôt parallèle sur les citoyens et les entreprises. Cette transformation numérique, portée au plus haut niveau de l'État, promet de rediriger l'argent vers les caisses légitimes du Trésor public, au grand dam des circuits frauduleux bien établis.
Une Ponction Économique Systémique : l'« Impôt » de la Corruption
Les chiffres révèlent l'ampleur du système de prédation qui sévit au sein de certaines administrations :
Corruption policière routière et tracasseries
· 22% des citoyens ont payé un pot-de-vin à la police dans l'année;
· 35% des personnes contrôlées sur la route paient pour éviter des problèmes;
· Un véhicule peut franchir jusqu'à 44 barrières sur les corridors commerciaux, générant des retards et des paiements illicites.
Détournements douaniers et fraude fiscale
· 46% du coût de dédouanement de marchandises (Cameroun-Gabon) provient de frais non officiels;
· 24% des grossistes disent payer des pots-de-vin aux postes de contrôle.
Parafiscalité municipale et détournement
· Certaines administrations créent taxes et amendes, en gardant la collecte pour elles, hors du circuit du Trésor public.
Conséquence finale : Le consommateur paie en moyenne 14% de plus sur les produits, alourdissant la cherté de la vie.
La Digitalisation, un Rempart Technologique contre les Abus
Face à ce constat, les autorités misent sur la technologie pour créer des barrières infranchissables aux abus. La réforme s'attaque à tous les maillons de la chaîne de corruption.
1. Fin des paiements en espèces, source de détournement
Le gouvernement veut promouvoir les paiements électroniques (mobile money) pour les transactions commerciales et les règlements auprès des services publics. L'objectif est clair : les paiements en espèces, souvent non intégralement reversés à l'État, laissent la place à des flux traçables et sécurisés. Libreville a d'ailleurs lancé sa plateforme e-tax pour le paiement en ligne des impôts municipaux.
2. Traçabilité intégrale et fin des arrangements
La facture électronique normalisée, en préparation à la Direction générale des impôts (DGI), est une arme de transparence massive. Chaque facture aura un QR code unique pour en vérifier l'authenticité. Ce système vise explicitement à empêcher certains opérateurs de facturer indûment la TVA ou de truquer leurs déclarations.
3. Portails uniques et suppression des intermédiaires corrompus
La plateforme Digitax Gabon permet déjà de télédéclarer et télé-payer tous les impôts sans se rendre dans un centre. En automatisant les processus et en limitant le contact direct avec les agents, ces "bureaux fiscaux virtuels" réduisent drastiquement les opportunités de sollicitation de pots-de-vin. La DGI rapporte que 80% des recettes fiscales transitent désormais par ce système, avec des résultats dépassant les objectifs.
Une Réforme Stratégique mais Contestée
Cette transformation, inscrite dans l'ordonnance présidentielle n°0006/PR/2025 et soutenue par un budget 2026 de 13 milliards USD, est une priorité nationale. Elle s'accompagne du déploiement d'une plateforme intégrée pour les caisses sociales et fiscales pour une traçabilité en temps réel.
Les obstacles restent de taille :
· La résistance interne d'agents bénéficiant du système actuel;
· Le défi de l'inclusion numérique dans un pays où 28% de la population n'a pas accès à internet;
· La nécessité de former massivement les agents et les usagers.
Conclusion : Un changement de Paradigme Inéluctable
La digitalisation au Gabon dépasse la simple modernisation. C'est une révolution administrative qui redéfinit les règles du jeu économique. En court-circuitant les réseaux de corruption, elle vise à restaurer la confiance et à assainir l'environnement des affaires. Si les défis techniques et humains sont réels, la direction est tracée : un État où l'argent du contribuable arrive à destination, sans détour.
(*) Penseur libre de Lowa
Merci pour cette belle analyse en effet nous avons besoin de digitalisé beaucoup de nos secteurs pour permettre une meilleure transparence dans les échanges.
Merci pour cette belle analyse en effet nous avons besoin de digitalisé beaucoup de nos secteurs pour permettre une meilleure transparence dans les échanges.
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