Dans un retournement digne des meilleures tragédies grecques, Gab’Oil, la société publique censée veiller à l’approvisionnement en produits pétroliers du Gabon, s’est retrouvée au cœur d’un scandale qui ferait rougir même les plus audacieux des ministres. Le 5 décembre 2024, le ministre du Pétrole et du Gaz, Marcel Abéké, a décidé de jouer au juge de paix en suspendant quatre dirigeants de l'entreprise, dont le tout-puissant président du conseil d’administration, Landry Bongo Ondimba, et le non moins redoutable administrateur directeur général, François Owono Messie. Mais que s'est-il passé dans cette entreprise apparemment dédiée à l’exploitation de l’or noir…
Tout commence avec un document interne devenu viral – pas une fuite d'huile, mais plutôt un déversement de fonds. Ce qui semblait être un banal rapport financier s’est rapidement transformé en un pamphlet scandaleux qui aurait pu être écrit par les plus grands auteurs satiriques. Les chiffres sont si élevés que l’on pourrait penser que Gab’Oil a confondu son rôle avec celui d’un département de dépenses non essentielles. Un vrai cas d'école en matière de mauvaise gestion !
46 millions de FCFA pour "l’huile de bras"
La perle rare parmi ces dépenses : 46 millions de FCFA. Non, ce n’est pas pour réparer une pompe pétrolière défectueuse, mais pour des activités liées à la campagne référendaire de novembre 2024. Ah, l'art du marketing politique ! Parmi les joyeusetés figurent 10 millions pour des frais de représentation. Quoi de plus normal que d'organiser des dîners de gala et des cocktails, quand on est en charge de l'approvisionnement en carburant du pays ? La société pétrolière, visiblement influencée par l'art de recevoir, a également déboursé 5 millions pour loger ses dirigeants dans des établissements « de standing ». Parce qu'après une journée de gestion des stocks de carburant, quoi de mieux que de se détendre dans un hôtel 5 étoiles, n’est-ce pas ?
Mais ne vous arrêtez pas là, car la folie continue ! 7,5 millions ont été alloués à l'achat de T-shirts et de casquettes. Un clin d'œil à la mode de la campagne ? Ou un simple appel à l’esprit d’entreprise et à la multiplication des goodies ? Enfin, pour couronner le tout, 2 millions ont été consacrés à l'organisation de causeries. Des causeries, vous vous dites ? Pas de panique, elles étaient sûrement très productives... ou pas. On suppose que ces discussions, sans grand rapport avec le cœur de l'activité, ont été l’occasion de faire le point sur les dernières tendances des "T-shirts à l'effigie" et des "chapeaux à messages".
La tempête dans un verre de pétrole
Forcément, ces révélations ont fait exploser la toile, et la colère des Gabonais n'a pas tardé à monter en flèche. Les appels à la démission fusent, et la crise semble avoir pris une dimension telle qu’elle pourrait inspirer une série Netflix sur la gestion des ressources publiques (une version gabonaise de House of Cards ?). Et pour éviter que l’affaire ne devienne aussi épicée que le piment d’Espelette, le ministre Marcel Abéké a donc pris une décision radicale : suspendre les quatre hauts responsables concernés, le temps de mener un audit. En attendant, le Gabon pourrait bien connaître un renouveau… ou une tempête, c’est selon.
Les affaires de famille ou "La gabegie, c’est l’art de la gestion publique"
Les pratiques de Gab’Oil, héritées de l’ancien régime, ne sont pas un secret. Le gaspillage et l’enrichissement personnel se taillent la part du lion dans les coulisses de la gestion publique. Mais à l'ère de la transparence (du moins en théorie), cette exposition au grand jour ne semble plus tolérée. Un tournant pour la bonne gouvernance ? Peut-être. Mais la véritable question reste : quand les fonds publics deviendront-ils aussi précieux que l’or noir qu’ils sont censés gérer ?
Le gouvernement, désormais déterminé à éradiquer ces pratiques opaques, semble prêt à secouer la poussière de la gabegie et à repartir sur de nouvelles bases. L’audit, et ses conclusions peut-être explosées, pourrait bien être l’étincelle d’une réforme profonde du secteur public.
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