Au Gabon, la situation budgétaire s’est dégradée et la richesse par habitant a diminué de 34,7% entre 1995 et 2020. © D.R.
Au Gabon, l’État vient d’inventer un concept révolutionnaire : faire payer à un peuple pauvre le privilège d’être pauvre. La Taxe Forfaitaire d’Habitation (TFH), prévue dès 2026, sera prélevée directement sur les factures SEEG, preuve que l’administration a enfin compris ce que tous les Gabonais savent depuis toujours : un fonctionnaire du fisc n’arrivera jamais à attraper un contribuable, mais une facture d’électricité, si.
Le gouvernement, pompier pyromane du pouvoir d’achat
Dans un pays où la moitié de la population vit loin, très loin du SMIG, où les salaires ne permettent même plus de se nourrir correctement, où les travailleurs se battent chaque mois pour atteindre le 15 du mois sans faire la manche… le gouvernement a trouvé LA bonne idée : créer une taxe sur le simple fait d’habiter un endroit, même insalubre, même précaire, même sans fenêtre. La TFH, c’est un peu comme offrir une facture d’hôpital à quelqu’un après l’avoir poussé du haut d’un immeuble. L’État affirme moderniser la fiscalité. Les citoyens, eux, affirment qu’il modernise surtout le racket légal.
Libreville découpée comme un gigot, mais c’est le peuple qui est mangé. Les technocrates de la DGI ont sorti leurs compas, leurs cartes, leurs stylos, et sûrement un peu de vin rouge, pour découper la ville en quatre zones. Résultat : Zone 1 (Centre-ville) : 30 000 F par mois. Comme si habiter au centre-ville signifiait rouler sur l’or. Spoiler : là-bas aussi, les fins de mois ressemblent à un sprint vers le néant. Zone 2 : 20 000 F. Quartiers résidentiels… où les habitants résident surtout dans les crédits et overdrafts. Zone 3 : 10 000 F. Les zones en aménagement. En clair : pas d’eau, pas de route, pas de sécurité… Mais une taxe, oui. La misère aménagée, facturée avec soin. Zone 4 : 1 000 F. Ruraux, réjouissez-vous : vous êtes pauvres, mais fiscalement fréquentables. Pour le moment. On nous parle de « progressivité territoriale ». En réalité, c’est plutôt de l’imbécilité verticale, appliquée du haut vers le bas, en écrasant tout sur son passage.
Le SMIG en cale sèche, la TFH en première classe
Pendant que le SMIG roupille sous les 150 000 F CFA, figé comme un arbre fossilisé, la TFH, elle, galope à 30 000 F pour certains ménages. Un impôt qui bouffe un cinquième d’un salaire minimum, dans un pays où beaucoup gagnent moins que le salaire minimum. On se croirait dans un sketch. Malheureusement, la blague ne fait rire que le Trésor Public.
Pendant que les fonctionnaires haut placés débattent de fiscalité depuis leurs salons climatisés, le Gabonais moyen, lui : compte les grains de riz, économise les trajets en taxi, saute des repas, vit sans filet et remplit des factures qu’il ne comprend plus. Et si par malheur il allume une ampoule, l’État surgit derrière lui comme un cambrioleur avec un carnet de quittances. « Vous payerez parce que vous existez », nouvelle doctrine fiscale.
Le gouvernement a choisi la facture SEEG comme support de taxation. Pourquoi ? Parce que l’électricité, c’est le seul lien stable entre le citoyen et l’État. La mairie peut disparaître, l’agent du fisc peut s’évaporer, mais la SEEG, elle, viendra toujours réclamer son dû. C’est une méthode digne d’une dictature 2.0 : « Tu veux la lumière ? Paie la taxe. Et si tu veux vivre dans l’obscurité ? On te coupe quand même. » Même les trafiquants évitent d’être aussi frontaux.
La misère, version premium : maintenant elle est taxée
La TFH vient s’ajouter à une longue liste de charges : loyers exorbitants, prix alimentaires incontrôlables, transports hors de prix, frais scolaires impossibles, médicaments qui coûtent un bras (non remboursé). Et comme si ça ne suffisait pas, le gouvernement veut maintenant taxer les foyers pour le simple privilège d’avoir un toit qui fuit et une ampoule qui clignote. Les Gabonais apprennent désormais à cohabiter avec un nouveau concept : la misère payante.
Les 2,8 milliards annoncés, un mirage fiscal pour remplir un tonneau percé. Henri-Claude Oyima promet que la TFH rapportera 2,8 milliards. Très bien. Sur le papier. Dans la vraie vie, nous avons déjà des doutes : Combien seront réellement collectés ? Dans quelle poche cela tombera ? À quoi servira cet argent ? Et surtout : où sont passées les précédentes recettes ? Les Gabonais ont la mémoire longue. Les administrations, non.
La TFH, ou comment rendre un peuple déjà épuisé complètement incandescent
La TFH n’est pas un impôt. C’est une punition collective, infligée à un peuple déjà exsangue, déjà écrasé, déjà laissé pour compte. Avec cette mesure, le gouvernement vient d’allumer une lumière, crue sur l’injustice sociale, la déconnexion politique, et l’incapacité chronique à protéger les plus faibles. Dans un pays où les habitants tirent le diable par la queue, l’État vient calmement couper la queue… et envoyer la facture.
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