Sylvia Bongo
On croyait le feuilleton politico-judiciaire des Bongo rangé sur une étagère, quelque part entre les vieux dossiers poussiéreux de la Young Team et les cartons scellés de la Cour criminelle spécialisée. Erreur. Sylvia Bongo, exilée volontaire à Londres capitale mondiale du thé, des avocats hors de prix et des réfugiés politiques en rodage a décidé de dégainer un statut Facebook qui a fait l’effet d’une grenade dégoupillée dans un poulailler institutionnel.
Parce que, depuis quelques semaines, son fils Noureddin s’exerce à devenir influenceur judiciaire, postant chaque deux jours des vérités, des demi-vérités ou des missiles balistiques selon l’humeur. Et comme si cela ne suffisait pas à faire grimper la tension, Sylvia a décidé de monter sur scène. On n’était pas prêts. Le gouvernement non plus.
Le 30 août 2023, version Sylvia : Hollywood sur Estuaire
Dans son message, elle raconte sa version du “jour qui a tout basculé”. Attention : c’est du lourd, du dramatique, du cinématographique. Des hommes armés, une arme sur la tempe, une arrestation brutale, une vie brisée. On dirait le début d’un blockbuster, sauf que les spectateurs gabonais se souviennent exactement de ce qu’ils faisaient ce matin-là… et personne n’a vu passer les caméras. « On m’a arrachée à mon foyer », dit-elle. Au Palais de la Renaissance, on parle plutôt de “mesures conservatoires”. Les juristes, quant à eux, parlent de “version litigieuse”. Les citoyens, eux, ont surtout retenu que le pays avait changé de couleur politique pendant qu’ils finissaient leur petit-déjeuner.
Détention, dignité et stratégie judiciaire façon haute couture
Privée de liberté pendant des mois, mais pas de son âme, dit-elle. Et c’est vrai : l’âme a survécu, tout comme le portable qui lui permet aujourd’hui de poster sur Facebook depuis un salon londonien probablement plus vaste que certains bureaux ministériels à Libreville.
Le passage sur la dignité retrouvée, la force intérieure, la tempête et la lumière… On aurait presque versé une larme. Puis on a relu la condamnation : 20 ans de réclusion criminelle par contumace. Ah oui, tout de même. Vingt ans. Ce n’est plus une condamnation, c’est un bail immobilier. Et, évidemment, elle n’était pas au procès. Le tribunal l’attend encore. L’avion de Londres, lui, ne décolle pas.
La Young Team, le dossier qui donne des boutons aux ministères. Pendant que Sylvia rejoue “Cœur brisé, cœur résilient”, son fils Noureddin multiplie les prises de parole aussi spontanées que politiquement radioactives. À chaque live du fils, un juriste du ministère fait une syncope. À chaque post de la mère, un conseiller politique avale un Doliprane. À ce rythme, la Transition va bientôt payer des séances de kiné à tout le personnel. Parce que la Young Team, ce n’est pas un dossier, c’est un volcan. Chaque paragraphe du jugement pourrait servir de carburant à une fusée.
« On a parlé à ma place » : la revanche de la parole exilée
Sylvia dit qu’on a inventé et déformé son histoire. C’est probablement vrai. Au Gabon, tout le monde invente et déforme l’histoire de tout le monde depuis 1967. Son message, en réalité, n’est pas un témoignage. C’est une déclaration de guerre en mode soft-power, calibrée pour faire enrager : la Transition, les magistrats, les services de renseignement et même les communicants officiels, qui doivent déjà préparer les éléments de langage anti-Sylvia, anti-Noureddin, anti-Bongo… bref, anti-passé récent.
Quand Sylvia parle, tout Libreville a des sueurs froides
Ce n’est un secret pour personne : le pouvoir actuel aurait préféré qu’elle reste silencieuse, loin, discrète, invisibilisée. Mais une ex-première dame condamnée pour blanchiment aggravé qui parle sur Facebook…, C’est comme si un extincteur se mettait à projeter de l’essence : c’est contre-productif. Elle annonce vouloir saisir l’Union africaine. Traduction : on exporte le feuilleton. Parce qu’après avoir mis le Gabon en PLS pendant une décennie, autant désormais occuper l’agenda continental.
Son message serait banal si le contexte n’était pas une poudrière : une Transition qui se méfie de tout ce qui bouge, une population qui alterne amusement, colère et lassitude, un système judiciaire encore traumatisé par la taille du dossier Young Team et une ex-première dame qui écrit comme si elle préparait le prochain épisode d’une série politique. En clair : la saison 2 du feuilleton Bongo vient de commencer, avec plus de stratégies juridiques, plus de rancœurs politiques, plus de révélations calculées… et peut-être même un cameo surprise d’Ali depuis son silence assourdissant.
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