Ali Akbar Onanga Y’Obegue.
Il y a des retours médiatiques qui ressemblent à des réapparitions miraculeuses. Et puis il y a celui d’Ali Akbar Onanga Y’Obegue, docteur en droit, ex-ministre, ex-conseiller, ex-tout du système Bongo, qui revient aujourd’hui dénoncer le procès Sylvia–Noureddin avec la ferveur d’un prophète et la colère d’un évêque qu’on aurait oublié dans la sacristie.
Sauf que pour paraphraser un vieux proverbe fang “celui qui a vécu dans la case ne peut pas jouer les surpris quand la toiture prend feu”. Autrement dit : Onanga ne vient pas jouer les pompiers sur un désordre qu’il connaît mieux que quiconque, celui de la fameuse “Young Team”, cette génération dorée qui gérait le pays comme un centre commercial familial.
Le docteur en droit qui découvre soudain le droit : miracle ou amnésie programmée ?
Dans sa publication furieuse, Onanga Y’Obegue parle de « scandale d’État », de « procès politique » et de « violation spectaculaire du droit ». Il s’indigne, se soulève, tonne. On croirait presque entendre un nouveau Thomas Sankara de la procédure pénale.
Mais voilà : comme dit le sage bantou, “celui qui a porté le panier d’arachides ne peut pas prétendre ignorer l’odeur de l’huile chaude”. L’ancien ministre n’a pas seulement côtoyé la “Young Team” il en a partagé la cantine, les projets, les bureaux et les illusions.
Il connaît leurs méthodes, leurs réflexes, leurs raccourcis juridiques, leurs bricolages administratifs. Aujourd’hui, il les condamne avec l’éloquence d’un pénitent, mais on pourrait presque lui rappeler gentiment : “Quand tu danses avec le serpent pendant dix ans, évite de crier au venin après la musique.”
Le procès bâclé ? Oui. Mais Onanga connaît bien les cuisines du système
Son argument principal légitime est que le procès express aurait été mené à la vitesse d’une tornade politique. 2 188 pages avalées en deux jours, une défense réduite au silence, un contradictoire sacrifié sur l’autel du calendrier… bref, une justice fast-food. Mais Onanga le dit comme un universitaire outré. Le problème, c’est qu’il parle d’une cuisine dont il connaît les recettes : “Qui a vu la pluie tomber sait comment la boue se forme”, dit un adage. Et Onanga, lui, sait très bien comment le système fonctionnait. Il sait surtout que, dans cette affaire, la justice n’a pas été improvisée : elle a été orientée.
Alors, oui, son analyse juridique est brillante, limpide, étayée. Mais son étonnement, lui, sonne comme un faux suspens : le docteur en droit découvre que l’État a parfois utilisé la justice comme gourdin politique… après vingt ans de carrière au cœur du pouvoir ? Merveille de naïveté tardive.
La “Young Team”, cet héritage embarrassant qu’on retrouve comme un vieux dossier mal classé
Ce que l’universitaire oublie de dire volontairement ou non c’est que la “Young Team” n’est pas tombée du ciel comme une pluie de saison. Elle a été construite, protégée, promue, puis laissée en roue libre. Et les anciens du système, lui compris, ont longtemps observé cette petite élite faire ses acrobaties financières et administratives sent pousser des cris d’orfraie. Aujourd’hui, Onanga s’offusque : « Aucun ordre signé ! Aucun virement prouvé ! Aucune pièce comptable ! »
Certes. Mais s’il cherche les traces, qu’il se souvienne d’un vieux proverbe du Congo : “Le voleur intelligent ne laisse jamais ses empreintes dans la farine.” Il sait pertinemment que la “Young Team” excellait dans l’art du commandement informel, de la gestion à distance, du pouvoir sans écriture. Ce mode opératoire ne lui est pas étranger : il était dans le couloir, pas dans la cave.
Un procès politique ? Peut-être. Une indignation sélective ? Assurément. Onanga Y’Obegue dénonce un procès “monté”, “orienté”, “organisé pour choquer l’opinion”. Il a peut-être raison ce procès sent la stratégie politique à plein nez. Mais l’homme qui le dénonce est aussi un héritier du système qu’il accuse. Il a servi sous les mêmes principes qu’il condamne aujourd’hui.
Il devrait peut-être se rappeler cet adage du Sahel : “Quand tu as planté le manioc, ne viens pas accuser le sol quand les racines sont tordues.” Le procès Sylvia–Noureddin est peut-être une opération spectaculaire, un symbole, un exutoire. Mais la “Young Team” n’a pas été fabriquée par magie : elle est le produit d’un système que beaucoup ont vu grandir sans y toucher.
En vérité : Onanga règle un compte… mais pas seulement avec la justice
Son texte est une charge contre un système judiciaire qui, selon lui, sacrifie le droit à la politique. Mais entre les lignes, on lit aussi autre chose : la peur de voir l’histoire réécrire les responsabilités, la tentation de se distinguer des naufragés du passé, et surtout l’envie d’apparaître du bon côté de la barque. Car comme le dit un adage ivoirien : “Quand le bateau coule, chacun devient nageur.”
Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires