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Procès d'Esther Miracle : la justice convoque à la barre l’ancien Directeur général de la Marine marchande, Fidèle Angoué Mba

IMG L' ancien directeur général de la Marine marchande convoqué à la barre.

Il aura fallu presque trois ans, plusieurs marées judiciaires, et un silence aussi épais que le brouillard sur l’estuaire du Komo, pour que le dossier du naufrage de l’Esther Miracle refasse surface. Miracle, justement : le ferry avait sombré le 9 mars 2023, et la justice, elle, semblait avoir coulé avec.

 

Selon La Presse judiciaire, une audience correctionnelle est enfin programmée pour le vendredi 30 janvier 2026 à 8 heures, au Tribunal de première instance de Libreville. Une date que les familles des victimes noteront peut-être au stylo… mais sans encore ranger les mouchoirs. Au Gabon, on a appris à se méfier des calendriers judiciaires, souvent plus décoratifs qu’opérationnels.

 

Une tragédie maritime, des responsabilités bien amarrées… mais longtemps invisibles

Rappelons les faits, puisque la mémoire institutionnelle, elle, a parfois tendance à prendre l’eau. Le ferry Esther Miracle, autorisé à naviguer par qui de droit, avait quitté Libreville pour Port-Gentil avec à son bord des passagers qui pensaient simplement arriver à destination. Bilan officiel : au moins 21 morts, 16 disparus, et une nation brièvement émue avant de passer à autre chose.

 

Pendant que la mer rendait les corps, l’administration maritime, elle, semblait avoir perdu sa boussole. Autorisations douteuses, contrôles techniques élastiques, certificats plus souples qu’un gilet de sauvetage percé : tout fonctionnait… sauf la sécurité.

La Marine marchande sur le banc, la négligence à la barre

Cette fois, la justice convoque à la barre l’ancien Directeur général de la Marine marchande, Fidèle Angoué Mba, accompagné d’autres prévenus. Les chefs d’accusation donnent le tournis : homicide involontaire, blessures involontaires, omission de porter secours, faux et usage de faux. Un inventaire pénal si complet qu’on se demande comment le ferry avait encore le droit de flotter.

 

Derrière ces qualifications juridiques, une question centrale demeure : Comment un navire manifestement défaillant va-t-il pu continuer à transporter des vies humaines sous le regard bienveillant de l’autorité maritime ?

 

La réponse, jusqu’ici, a été un grand classique gabonais : enquêtes lentes, responsabilités diluées, et ce sport national qu’est le renvoi de balle administrative, chacun jurant n’avoir fait qu’appliquer les textes… sans jamais les lire jusqu’au bout.

 

Parents de victimes : entre espoir prudent et méfiance légitime

Pour les familles des victimes, cette audience est peut-être enfin le début d’une justice longtemps différée. Depuis le drame, elles n’ont cessé de réclamer autre chose que des communiqués compatissants et des promesses flottantes. Leur message est simple : on ne fait pas son deuil dans l’impunité.

 

La tenue effective de cette audience pourrait leur offrir un premier sentiment de reconnaissance judiciaire, voire osons le mot une justice à la hauteur de la tragédie. À condition, bien sûr, que l’affaire ne soit pas renvoyée, diluée ou noyée dans les abysses procéduraux.

 

Une audience test pour l’État, pas seulement pour les prévenus

Au-delà des individus poursuivis, le procès de l’Esther Miracle est celui d’un système de contrôle maritime défaillant, où la paperasse navigue mieux que les navires, et où la sécurité semble parfois optionnelle.

 

Le 30 janvier 2026, ce n’est donc pas seulement un ancien directeur qui comparaît, mais une certaine idée de la responsabilité publique. Les parents des victimes, eux, espèrent que cette fois, la justice ne ratera pas son accostage. Car si même la mort de 21 citoyens et la disparition de 16 autres ne suffisent pas à faire bouger l’aiguille judiciaire, alors il faudra se poser une question dérangeante : au Gabon, faut-il sombrer pour être entendu ?

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