Hervé Patrick Opiangah exige la restitution de ses biens.
Ah, la Ve République gabonaise ! Ce grand laboratoire expérimental où l’on teste des concepts révolutionnaires : les perquisitions sans mandat, les scellés fantômes, les procédures invisibles… et maintenant, la quittance qui blanchit tout, capable paraît-il de ressusciter une opération judiciaire déjà froide comme un poisson braisé oublié sur le grill. Bienvenue dans l’affaire HPO, ou comment une feuille de caisse du Trésor est devenue, du jour au lendemain, la Sainte-Hostie de l’État de droit berruyer.
On commence avec une descente policière aux allures de film burlesque : Pas de mandat ? Détail ! Pas de procès-verbal séance tenante ? Superflu ! Pas de présentation des scellés au juge ? On verra plus tard ! On invoque vaguement l’article 55 du Code de procédure pénale, mais visiblement, les équipes avaient oublié leur exemplaire à la maison. À croire que la perquisition s’est faite en mode “déménagement surprise”.
Et pendant qu’on saisit des montres qui valent trois SMIC annuels et des billets qui s’empilent plus vite que les promesses politiques, personne ne pense à sortir un stylo pour dresser un PV digne de ce nom. La République nouvelle voulait montrer les muscles. Elle a surtout montré qu’elle manquait de tendons.
L’affaire dort… puis soudain, la quittance du 3 décembre surgit comme un Deus ex machina
Quatorze jours passent. Quatorze. Deux semaines pendant lesquelles les scellés ont peut-être voyagé, médité, contemplé l’injustice du monde… Et soudain : Paf ! Une quittance du Trésor n°1260503 apparaît comme un tour de magie mal exécuté. On y trouve tout bien rangé : 155 millions en numéraire, 29 700 euros, des devises qui auraient fait rougir un cambiste, des montres Breitling, Rolex, Audemars Piguet, Corum, bref, un inventaire à mi-chemin entre une bijouterie suisse et un épisode de Narcos.
Et hop ! Le document devient preuve irréfutable, certitude absolue, garantie éternelle que la procédure est propre. À écouter certains chroniqueurs désormais devenus critiques gastronomiques du parquet, on croirait que la quittance a été signée par Dieu lui-même.
Obame Akwé, apôtre du reçu sacré. L’ancien chef des médias publics, Clay Martial Obame Akwé, se transforme en thaumaturge judiciaire. « La vérité triomphe. Le vacarme s’incline. » Oui, bien sûr. Reste à savoir si le vacarme s’incline respectueusement… ou s’effondre de rire. Pour lui, la quittance est une évidence bétonnée. Pour les juristes sérieux, c’est un pansement Hello Kitty sur une fracture ouverte. Parce que, rappelons-le, un reçu du Trésor : ne remplace pas un mandat, ne remplace pas un procès-verbal, ne remplace pas la présentation des scellés, et surtout, n’efface pas deux semaines de sommeil procédural. Mais dans la Ve République, on croit encore aux miracles administratifs.
Les soutiens d’HPO : “Votre quittance, c’est du maquillage de marché noir”
Du côté d’HPO, on ne décolère pas. Leur réaction ? Une gifle juridique en règle : « Un reçu ne réécrit pas le Code pénal. » On ne peut pas faire plus clair. Ils rappellent au cas où le parquet aurait eu un petit trou de mémoire que la magistrate instructrice elle-même aurait constaté noir sur blanc : « Les objets de la cause n’ont jamais été présentés devant nous. » Ah. Ça calme. Parce que quand le juge instructeur dit n’avoir jamais vu les scellés, la défense ne pointe plus une irrégularité : elle dénonce une procédure qui tient debout uniquement parce qu’on lui a mis un balai dans le dos. Une justice qui veut paraître propre… mais oublie de se laver les mains, Toute cette affaire ressemble à un sketch : On perquisitionne sans mandat.
On saisit sans PV. On conserve les biens sans traçabilité. On dépose le tout au Trésor après 14 jours de silence radio. Puis on sort une quittance en criant : “Transparence ! Intégrité ! Rigueur !” Sauf qu’à force de trop tirer sur la corde, même l’opinion publique pourtant habituée aux acrobaties institutionnelles commence à se demander si la Ve République n’est pas en train de se prendre les pieds dans son propre tapis rouge.
La quittance qui voulait sauver la République… mais trébucha sur le Code
Dans un pays où la justice veut montrer qu’elle a enfin des dents, ce serait bien qu’elle apprenne à ne pas se mordre la langue. La perquisition HPO restera comme un cas d’école : celui où une opération bancale a voulu se refaire une virginité avec un bout de papier administratif érigé en sésame miraculeux. Sauf que même repeinte en doré, une illégalité reste une illégalité. Et la République peut brandir toutes les quittances qu’elle veut : la procédure, elle, ne bouge pas.
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