Pierre Mathieu Obame Etoughe : histoire d’un maire qui n’aura pas été renversé par l’opposition, mais méthodiquement démonté par les siens

Il fallait du talent pour réussir un tel numéro. En quelques mois à peine, Pierre Mathieu Obame Etoughe est parvenu à transformer un fauteuil de maire en siège éjectable. Une performance politique rare, presque pédagogique : comment se tirer une balle dans le pied… puis recharger l’arme pour être sûr de ne pas rater. À Libreville, l’histoire s’écrit désormais sans fard : celle d’un maire qui n’aura pas été renversé par l’opposition, mais méthodiquement démonté par les siens. Une exécution à huis clos, sans cris, mais avec une efficacité chirurgicale.
Gouverner sans connaître les siens : le suicide en col blanc
Il y a des erreurs politiques. Et puis il y a les fautes professionnelles. La première règle en mairie connue du plus modeste conseiller de quartier est simple : on ne dirige pas une équipe que l’on ne comprend pas. Or, Pierre Mathieu Obame Etoughe a visiblement confondu prise de fonction et prise de pouvoir. Ignorer les équilibres internes de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), négliger les susceptibilités, sous-estimer les appétits : c’est comme entrer dans une arène en pensant que les lions sont végétariens. Résultat ? Les « collaborateurs » d’hier sont devenus les fossoyeurs d’aujourd’hui. Et ils creusent vite. Un budget hors-sol, quand les chiffres deviennent une arme du crime
Le fameux budget primitif ? Une pièce d’anthologie. Dans une ville où les routes s’effritent, où l’eau se fait capricieuse et où l’électricité joue à cache-cache, présenter un document jugé « déconnecté » relève moins de l’erreur technique que de la provocation politique. À Libreville, certains conseillers n’ont même pas pris la peine de masquer leur sarcasme : « Ce budget ne gère pas la ville, il raconte une fiction. » Et en politique, proposer une fiction à des élus qui vivent la réalité… c’est signer son arrêt de mort.
Les démons de la mairie ? Non. Juste la réalité politique
On entend déjà les défenseurs du maire parler de complot, de cabale, de “démons” tapis dans l’ombre. Soyons sérieux. Il n’y a pas de démons à l’Hôtel de Ville. Il n’y a que des intérêts. Et ils sont rarement altruistes. Ce qui arrive à Pierre Mathieu Obame Etoughe n’a rien de mystique : c’est le résultat brut d’un isolement politique total. Plus d’alliés solides, plus de relais fiables, plus de majorité réelle. Même l’Union démocratique des bâtisseurs l’a lâché. Et en politique, quand ton propre parti te tourne le dos, il ne te reste plus qu’un choix : la sortie… ou l’humiliation publique. La grande leçon en politique, on ne te trahit pas… on t’utilise.
Ce feuilleton municipal devrait être enseigné dans toutes les écoles, de gouvernance locale. Règle numéro un : personne n’est indispensable. Règle numéro deux : tout le monde est remplaçable. Règle numéro trois : ceux qui t’applaudissent aujourd’hui rédigent parfois ton acte de chute demain. À Libreville, la sentence est limpide : le maire n’a pas été victime d’un système. Il a été incapable de le maîtriser.
Sagesse africaine pour un maire en fin de parcours
À défaut de majorité, il reste les proverbes. « Le coq qui croit régner seul oublie qu’il y a un couteau dans la cuisine. » « Quand les souris se taisent, le chat croit être aimé. » « Celui qui ne connaît pas ses voisins dort porte ouverte. » Et « L’arbre qui oublie ses racines finit en bois de chauffe. » Des vérités simples. Trop simples, peut-être, pour avoir été entendues à temps.
Le prochain vote budgétaire ? Une formalité. Ou plutôt, une exécution en bonne et due forme. Si Pierre Mathieu Obame Etoughe ne parvient pas à convaincre les conseillers de sa capacité à fédérer ce qu’il n’a jamais réussi à faire jusqu’ici alors il ne restera plus qu’à ranger l’écharpe municipale. Et l’histoire retiendra quoi ? Qu’un maire de Libreville aura cru pouvoir gouverner seul… dans un système où même l’ombre a des alliances. La politique est cruelle. Mais parfois, elle se contente juste de révéler les faiblesses.



