Politique

Interview d’Oligui Nguema sur France 24 : « Laissez les Africains gérer leurs propres affaires ! »

Pendant des décennies, l’Afrique est montée sur les plateaux de télévision occidentaux comme un prévenu convoqué devant son juge. Elle venait s’expliquer, se justifier, parfois même s’excuser d’exister. Cette fois, le scénario a changé.

Face aux caméras de France 24, Brice Clotaire Oligui Nguema n’est pas apparu comme un dirigeant cherchant l’approbation de Paris ou de Washington. Il a parlé comme un chef d’État qui estime que le temps de la tutelle intellectuelle est terminé. Et c’est précisément ce qui dérange.

Car lorsque l’Afrique baisse la tête, on l’accuse de faiblesse. Lorsqu’elle relève la tête, on l’accuse d’arrogance. Lorsqu’elle se tait, on parle à sa place. Lorsqu’elle parle, on lui demande de se justifier.

L’Occident donne des leçons qu’il ne s’applique pas à lui-même

Le président gabonais a envoyé un message d’une simplicité désarmante : Laissez les Africains gérer leurs propres affaires. Une phrase qui paraît banale. Elle est pourtant révolutionnaire dans un monde où certains centres de pouvoir continuent de considérer l’Afrique comme un vaste laboratoire politique, économique et diplomatique.

Depuis des décennies, les richesses africaines alimentent les industries étrangères. Le pétrole africain. Le manganèse africain. Le bois africain. L’uranium africain. Les minerais africains. Mais lorsque les Africains parlent de transformation locale et de souveraineté économique, les mêmes donneurs de leçons découvrent soudainement les vertus de la prudence budgétaire et des « réformes structurelles ». Quelle étrange coïncidence.

Le dossier des migrants : le Gabon refuse de servir de salle d’attente

L’un des moments les plus marquants de l’entretien reste le refus catégorique d’accueillir des migrants expulsés des États-Unis. Pas de langage diplomatique.

Pas de détour. Pas de formule creuse. Le Gabon n’a signé aucun accord et n’entend pas signer un accord qui ne sert pas ses intérêts. Une position qui tranche avec l’habitude de voir certains États africains accepter des arrangements conçus ailleurs et exécutés chez eux.

Le message est clair : Les problèmes migratoires de Washington ne deviendront pas automatiquement les problèmes de Libreville. Une évidence géographique. Une révolution diplomatique.

Bilie-By-Nze : la justice ou la politique ?

Sur le dossier Alain-Claude Bilie-By-Nze, le président a pris soin de se tenir à distance. Une manière de rappeler que la justice doit faire son travail sans recevoir ses instructions depuis le Palais. Reste que l’affaire illustre un phénomène récurrent sur le continent. Les anciens responsables deviennent souvent des modèles de vertu le jour où ils quittent le pouvoir. Hier gestionnaires. Aujourd’hui victimes. Demain martyrs. Le cycle est connu. Les juges devront désormais distinguer le bruit politique des réalités judiciaires.

Sylvia Bongo : le procès médiatique avant le procès judiciaire

Concernant les accusations de torture portées contre le régime gabonais, la réponse présidentielle tient en une question : Où sont les preuves ? Une question simple. Une question brutale. Une question qui renvoie chacun à ses responsabilités. Dans cette affaire, les réseaux sociaux ont déjà rendu leur verdict.

 Les plateaux télévisés également.

Les commentateurs professionnels aussi. Ne manque plus que la justice. Car dans certaines capitales, l’accusation suffit parfois à fabriquer une vérité médiatique. Et lorsque l’affaire concerne l’Afrique, la présomption d’innocence semble souvent prendre l’avion suivant. Le vrai problème : l’Afrique refuse désormais le rôle qu’on lui avait attribué. Au fond, l’entretien de France 24 dépasse largement le cas du Gabon.

Ce qui dérange certains observateurs, ce n’est pas seulement ce qu’a dit Oligui Nguema. C’est ce que son discours symbolise. Une Afrique qui ne veut plus être décrite uniquement par ses échecs.

Une Afrique qui refuse d’être réduite à ses crises.

Une Afrique qui ne demande plus l’autorisation d’ambitionner. Le Gabon n’est pas devenu une puissance mondiale. Personne ne le prétend. Le Gabon n’a pas résolu tous ses problèmes. Personne ne le prétend non plus. Mais le pays semble vouloir sortir d’une logique où les Africains produisent les matières premières pendant que d’autres produisent les décisions.

Le verdict des Gabonais sera plus sévère que celui des médias

L’entretien a montré un président plus assuré, plus offensif et politiquement plus mature qu’au lendemain de la Transition. Mais une interview, même réussie, ne construit ni routes, ni écoles, ni hôpitaux. Les Gabonais ne mangeront pas les déclarations de France 24. Ils jugeront sur les emplois. Sur le coût de la vie. Sur les infrastructures. Sur la justice. Sur les résultats.

Car le plus redoutable des journalistes n’est ni français, ni américain, ni africain. Il s’appelle le peuple. Et son éditorial tombe à chaque élection.

 

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