Sommet de l’Union africaine 2027 : et si le véritable défi du Gabon s’appelait le MAEP ?

Le Gabon rêve d’accueillir le Sommet de l’Union Africaine en 2027. L’ambition est légitime. Le symbole est fort. L’opportunité diplomatique est incontestable. Mais derrière les discours officiels et les projets d’infrastructures, une question fondamentale demeure : le pays est-il prêt à soumettre sa gouvernance à l’examen de ses pairs africains ?
Car au-delà des hôtels, des routes, des salles de conférence et des protocoles présidentiels, la véritable crédibilité internationale d’un État moderne ne se mesure plus uniquement à sa capacité d’organiser un sommet. Elle se mesure désormais à sa capacité d’accepter l’évaluation, la transparence et la redevabilité. C’est précisément la mission du Mécanisme Africain d’Évaluation par les Pairs (MAEP).
Pourtant, alors que le Gabon ambitionne de devenir, le temps d’un sommet, la capitale politique de l’Afrique, le processus national du MAEP semble avancer à une vitesse qui contraste avec l’urgence stratégique de l’enjeu.
La question mérite d’être posée sans détour : comment prétendre accueillir les dirigeants du continent pour parler de gouvernance, de développement durable, d’intégration africaine et de transformation institutionnelle sans avoir préalablement achevé sa propre évaluation nationale ?
Le MAEP n’est pas un exercice bureaucratique destiné à remplir des rapports qui finissent sur les étagères des administrations. Il constitue aujourd’hui l’un des rares instruments africains capables d’offrir une photographie honnête des forces et des faiblesses d’un État.
C’est un outil d’introspection collective. C’est un exercice de vérité. C’est surtout un mécanisme de crédibilisation politique. Dans les institutions financières internationales, auprès des investisseurs, des agences de notation, des partenaires techniques et financiers, la qualité de la gouvernance est devenue un indicateur aussi important que les performances économiques elles-mêmes. Le monde a changé.
Les investisseurs ne regardent plus seulement les ressources naturelles. Ils évaluent désormais la stabilité institutionnelle, la transparence budgétaire, l’efficacité des administrations, l’État de droit et la capacité d’un pays à corriger ses propres insuffisances.
Or, le MAEP permet précisément de démontrer cette maturité institutionnelle. Pour le Gabon du Président Brice Clotaire Oligui Nguema, engagé dans une dynamique de réformes et de reconstruction institutionnelle, le MAEP représente une opportunité exceptionnelle de transformer le récit national.
Depuis le 30 août 2023, les autorités de la Transition puis de la Cinquième République ont multiplié les annonces relatives à la moralisation de la vie publique, à la restauration des institutions et à l’amélioration de la gouvernance. Mais une réforme ne vaut que par sa capacité à être évaluée. Une promesse ne devient crédible que lorsqu’elle est soumise à un regard extérieur.
C’est là toute la philosophie du MAEP. Le paradoxe est que le Gabon dispose aujourd’hui d’une occasion historique. Si Libreville obtient l’organisation du Sommet de l’Union Africaine en 2027, le pays pourrait faire de cet événement le point culminant de son processus d’évaluation nationale. Imagine-t-on la portée politique d’une présentation officielle du Rapport National d’Évaluation du Gabon devant les chefs d’État africains réunis à Libreville ? Imagine-t-on le signal envoyé aux partenaires internationaux ?
Imagine-t-on le symbole d’un Président de la République présentant lui-même les conclusions de l’évaluation de son pays devant ses homologues du continent ? Ce serait un acte de courage politique rare en Afrique. Ce serait surtout une démonstration de confiance dans les institutions nationales. Mais pour parvenir à cet objectif, le temps presse.
Le MAEP-Gabon doit accélérer l’organisation des consultations nationales, renforcer l’implication de la société civile, du secteur privé, des universitaires et des collectivités locales, finaliser les différentes phases techniques de l’évaluation et préparer l’arrivée de la mission continentale des experts évaluateurs. Car l’enjeu dépasse largement la production d’un document. Il s’agit de construire la crédibilité internationale du Gabon de demain.
À l’heure où le pays ambitionne de redevenir une voix influente dans les organisations africaines et internationales, le MAEP apparaît comme l’un des instruments les plus puissants de cette stratégie de repositionnement. Les sommets passent. Les déclarations officielles s’effacent. Les infrastructures vieillissent. Mais les mécanismes de bonne gouvernance, eux, construisent durablement la réputation des nations.
À deux ans du Sommet de l’Union Africaine, la véritable question n’est donc plus seulement de savoir si le Gabon est capable d’accueillir les dirigeants africains. La véritable question est de savoir s’il est prêt à se présenter devant eux avec un rapport d’évaluation crédible, assumé et porté au plus haut niveau de l’État.
Car c’est précisément là que se joue aujourd’hui une partie essentielle du prestige et de l’influence future du Gabon sur le continent africain.



