Economie

Scandale Santullo-Webcor : le retour des fantômes du système Bongo

Mensonges d’État, contrats toxiques et panique au sommet du pouvoir. Il y a des dossiers qui sentent la corruption. Et puis il y a l’affaire Santullo-Webcor.

Le retour des fantômes du système Bongo. Un marécage politico-financier où se mélangent milliards publics évaporés, marchés opaques, réseaux de l’ancien régime, conflits d’intérêts, manipulations judiciaires et désormais… panique d’État. Car derrière les procédures techniques et les communiqués feutrés des avocats parisiens, une vérité brutale éclate aujourd’hui au grand jour : le Gabon officiel tente désespérément d’échapper à des accords qu’il a lui-même signés. Une République qui attaque sa propre signature devant la justice française. Un État qui prétend avoir été piégé… par lui-même. Une puissance publique devenue le caricatural symbole d’une gouvernance sans colonne vertébrale. Le plus grave ? Ce naufrage institutionnel se déroule sous le regard médusé des juridictions internationales, des investisseurs étrangers et des créanciers déjà prêts à découper les actifs du pays morceau par morceau.

Comme toujours au Gabon, lorsqu’on gratte les grands scandales financiers, les mêmes fantômes remontent à la surface. Les contrats Santullo et Webcor sont les enfants monstrueux de l’ancien système Ali Bongo : marchés de gré à gré, opacité totale, soupçons de corruption massive, surfacturations et réseaux politico-affairistes vivant sur le dos du contribuable gabonais. Pendant des années, des milliards ont circulé dans un brouillard volontairement entretenu où l’État ressemblait davantage à une caisse privée qu’à une administration publique. Puis arrive le coup d’État du 30 août 2023. Le nouveau pouvoir promet alors la rupture, la moralisation et la restauration de la dignité nationale. Mais derrière les discours martiaux et les slogans patriotiques, les vieilles pratiques n’ont jamais réellement disparu. Elles ont simplement changé de propriétaires.

L’État gabonais pris en flagrant délit de contradiction

Janvier 2024 : l’Agence judiciaire de l’État signe deux protocoles transactionnels avec Santullo-Sericom et Webcor. Objectif : éviter des saisies internationales humiliantes et contenir une bombe judiciaire devenue incontrôlable. Mais à Libreville, certains réalisent rapidement l’ampleur du désastre. Car ces accords reconnaissent implicitement des créances gigantesques issues précisément des marchés que le régime prétend aujourd’hui dénoncer comme corrompus. Panique au sommet. Le pouvoir change brutalement de stratégie et tente maintenant de faire annuler les accords. L’argument avancé devant les juridictions françaises relève presque du théâtre absurde :  vice de consentement, réticence dolosive irrégularités institutionnelles, clauses illégales et atteinte à la souveraineté.

En résumé : l’État gabonais explique aux juges qu’il ne savait pas vraiment ce qu’il signait. Catastrophique. Car derrière cette défense improvisée, c’est toute la crédibilité juridique du Gabon qui s’effondre. Quel investisseur sérieux peut encore faire confiance à un État capable de signer un accord officiel puis de prétendre quelques mois plus tard qu’il aurait été manipulé ? Quelle banque internationale peut considérer comme fiables des engagements étatiques devenus politiquement jetables ? Le message envoyé au monde est dévastateur : au Gabon, même la parole officielle de l’État ne vaut plus garantie.

Une République livrée aux clans

Le dossier devient encore plus toxique lorsqu’apparaissent les soupçons de conflits d’intérêts. Des juristes liés autrefois aux acteurs de l’ancien système gravitent aujourd’hui autour des procédures censées défendre l’État. Au cœur du scandale réapparaît le nom de Magloire Ngambia, ancien ministre d’Ali Bongo poursuivi pour corruption dans des dossiers directement liés aux marchés Santullo. Encore une fois, les mêmes réseaux, les mêmes circuits, les mêmes visages. Au Gabon, les scandales ne meurent jamais. Ils recyclent simplement leurs acteurs. Le plus inquiétant reste cependant ailleurs : l’impression croissante que certaines institutions de la République sont devenues des terrains d’affrontement entre clans rivaux cherchant moins à défendre l’intérêt national qu’à contrôler les conséquences financières du scandale. La justice ? Instrumentalisée. Les procédures ? Politisées. L’État ? Fragmenté. Et au milieu de cette guerre opaque, le contribuable gabonais reste condamné à payer les factures d’un système prédateur qui survit à tous les régimes. Pozzo di Borgo : la honte internationale

Pendant ce temps, les créanciers avancent. L’hôtel particulier Pozzo di Borgo à Paris symbole du prestige diplomatique gabonais est désormais menacé par les procédures de saisie. L’image est d’une violence symbolique extraordinaire : un État pétrolier incapable de protéger son propre patrimoine face aux conséquences de décennies de prédation interne. Le Gabon, pays immensément riche en ressources naturelles, risque aujourd’hui de voir ses biens exposés devant les tribunaux étrangers comme un débiteur insolvable. Voilà le véritable bilan des élites qui se succèdent au sommet depuis des décennies : un pays riche humilié juridiquement à l’international.

Le scandale d’un système entier

L’affaire Santullo-Webcor dépasse désormais le simple contentieux commercial. Elle expose la faillite morale d’un système d’État entier. Un système où : les marchés publics deviennent des machines opaques à enrichissement ; es institutions servent de protection aux réseaux, les transitions politiques recyclent les pratiques qu’elles prétendent combattre et où les citoyens découvrent, une fois encore, que les milliards disparaissent toujours plus vite que les promesses de transparence.

L’audience du 7 septembre 2026 à Paris pourrait devenir un séisme politique majeur. Car si la justice française confirme définitivement la validité des protocoles, le pouvoir gabonais se retrouvera face à une humiliation historique : payer des centaines de millions d’euros tout en reconnaissant implicitement l’échec total de sa gestion politico-judiciaire du dossier. Et si les saisies internationales s’intensifient, ce ne sera plus seulement un scandale financier. Ce sera la démonstration brutale qu’au Gabon, l’État lui-même est devenu prisonnier des réseaux qu’il prétend combattre.

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