Programme national de logements de Bikélé-Nzong : la fin de la politique du mirage

Cette fois, le message est passé sans traducteur. Le lancement du n’était pas seulement une cérémonie gouvernementale de plus. C’était un acte d’accusation. Un réquisitoire politique. Une gifle symbolique administrée à ce qui reste de l’héritage du régime d’Ali Bongo Ondimba.
Le président Brice Clotaire Oligui Nguema n’a pas eu besoin de citer nommément ses prédécesseurs. Il lui a suffi d’évoquer ces fameuses « maisons en carton » pour réveiller un souvenir douloureux dans l’esprit de milliers de Gabonais. Car pendant que certains dignitaires de l’ancien système accumulaient villas, immeubles et patrimoines à l’étranger, le peuple, lui, héritait de logements sociaux parfois fissurés avant même la fin des cérémonies d’inauguration. Des cités présentées comme des symboles de modernité mais qui sont rapidement devenues les monuments d’une gouvernance où la communication valait davantage que la qualité des ouvrages.
Le mardi 2 juin, à Bikélé-Nzong, Oligui Nguema a clairement signifié que l’époque des maquettes géantes, des promesses gonflées à l’hélium et des inaugurations à grand spectacle devait appartenir au passé.
QUAND 120 MILLIARDS PARTAIENT EN FUMÉE
Le constat est brutal. Pendant des années, l’État gabonais a injecté près de 120 milliards de FCFA par an dans les primes de logement. Cent vingt milliards.
Une somme colossale. Et au bout du compte ? Des milliers de fonctionnaires toujours locataires. Des familles continuant à enrichir des propriétaires privés.
Une montagne d’argent public évaporée sans créer le moindre patrimoine national durable. Le système était devenu une machine à distribuer des allocations sans jamais résoudre le problème fondamental du logement.
À force de payer des loyers, l’État finançait indirectement la prospérité de quelques bailleurs pendant que ses propres agents restaient prisonniers de la location à vie. Une aberration économique que le nouveau pouvoir affirme vouloir corriger.
Avec Bikélé-Nzong, le chef de l’État tente de remplacer la culture de l’assistance par celle de la propriété. Pour une fois, l’argent public est censé produire du béton, des murs, des toitures et des titres fonciers.
Pour une fois, les milliards dépensés devraient laisser autre chose derrière eux que des discours et des rapports administratifs. L’ambition est immense. Et c’est précisément ce qui rend le projet dangereux politiquement. Car plus la promesse est grande, plus la sanction populaire sera sévère en cas d’échec.
ATTENTION AUX VENDEURS D’ILLUSIONS
Toutefois, derrière l’enthousiasme officiel, une réalité demeure. La maison ne tombera pas du ciel. La caution de trois millions de FCFA agit comme un filtre impitoyable. Celui qui ne dispose pas d’une situation financière stable restera à la porte du programme. C’est la vérité que personne n’ose vraiment dire.
Les logements seront accessibles à ceux capables de mobiliser les ressources nécessaires et d’assurer les remboursements mensuels. Autrement dit, la révolution immobilière ne concernera pas immédiatement les couches les plus fragiles de la population. La maison sociale version 2026 n’est pas un cadeau. C’est un engagement financier de longue durée.
LE GABON EST DEVENU UN CHANTIER… ENFIN
Il faut néanmoins reconnaître une évidence. Depuis la chute de l’ancien régime, quelque chose a changé dans le paysage national. Le pays bouge. Partout.
Les chantiers poussent là où les herbes folles avaient fini par remplacer les promesses. Les routes réapparaissent. Les infrastructures redémarrent. Les projets agricoles se multiplient. Les investissements reprennent. Et désormais les logements sociaux reviennent au centre du débat national.
Cette dynamique contraste violemment avec les dernières années du régime précédent, où les annonces semblaient souvent voyager plus vite que les réalisations. Pendant longtemps, le Gabon a vécu sous le règne des effets d’annonce. Aujourd’hui, le pouvoir tente de gouverner par les grues, les bulldozers et les bétonnières.
LE VERDICT APPARTIENT AUX GABONAIS
Mais attention. Les Gabonais ne sont plus aussi naïfs qu’autrefois. Ils ont déjà vu des premières pierres qui n’ont jamais donné naissance à des bâtiments. Ils ont déjà entendu des promesses de milliers de logements qui ont fini dans les archives administratives. Ils ont déjà cru à des programmes présentés comme révolutionnaires avant qu’ils ne disparaissent dans les labyrinthes bureaucratiques.
Le véritable juge de cette opération ne sera ni le gouvernement, ni les communicants, ni les médias. Ce sera le citoyen. Celui qui attend sa clé. Celui qui attend son compteur d’eau. Celui qui attend son raccordement électrique. Celui qui attend de voir si la maison promise résistera réellement au temps et aux intempéries.
Car au fond, la question est simple. Le Gabon est-il enfin en train de construire des maisons solides ou seulement de produire une nouvelle génération de promesses ? Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, l’enjeu dépasse largement Bikélé-Nzong. Il s’agit de démontrer qu’après des années de slogans, l’action peut enfin remplacer la mise en scène. Et que l’État gabonais peut construire autre chose que des rêves électoraux. Des maisons. De vraies maisons.



