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Mort de Cheronne Vanessa Mboui : la thèse d’un suicide ou le scénario mal écrit par un concubin jaloux et violent

Il fallait bien que cela arrive avant le 17 avril. Avant les pagnes officiels, les discours vibrants, les déclarations creuses sur « la femme, pilier de la nation ». À Libreville, à la Cité-Damas, la réalité a devancé la communication : Cheronne Vanessa Mboui, 38 ans, est morte d’une balle. Chez elle. Avec son compagnon. Et maintenant, place aux explications. Ou plutôt, aux contorsions.

Un tir, une version… et beaucoup d’imagination

L’homme s’appelle Yannick Ndong. 53 ans. Informaticien. Profil sérieux, dit-on. Aujourd’hui en garde à vue. Son récit ? Presque admirable d’inventivité. Monsieur aurait voulu se suicider. Oui, parfaitement. Une crise existentielle nocturne, arme à la main. Et là, surgit la compagne, héroïne tragique, qui s’interpose au moment fatidique. Résultat : elle prend la balle. Lui, non. Rideau.

On hésite entre le scénario mal écrit et l’alibi trop vite monté. Parce qu’au fond, une question s’impose, brutale, indécente, mais nécessaire : dans quel tiroir dort ce genre d’arme, à Libreville, chez un informaticien ? Un outil de travail, sans doute ?

L’arme invisible et la vérité évaporée

Car oui, parlons-en, de cette arme. Celle qui tue, mais dont personne ne parle vraiment. Celle qui apparaît au moment opportun, puis disparaît dans les silences administratifs. D’où vient-elle ? Qui l’a fournie ? Était-elle déclarée ? Ou simplement tolérée, comme tant de choses dans les zones grises du réel ? Curieusement, ces questions dérangent moins que la version romantico-dramatique du « suicide empêché ».

Une morte qui dérange les vivants

Mais voilà : la famille de Cheronne Vanessa Mboui ne rit pas. Elle parle de coups. De peur. D’une femme enfermée dans une relation où partir relevait de l’exploit. Elle parle d’une victime qui voulait vivre, pas mourir en héroïne sacrificielle d’un drame conjugal mal ficelé. Elle revenait du Maroc. Elle reconstruisait sa vie. Elle travaillait. Elle espérait.

Elle est morte. Et maintenant, on lui fabrique presque un rôle : celui de la femme qui meurt en sauvant son bourreau. Le calendrier, cet accusateur silencieux.

Et puis il y a ce détail. Insupportable. Nous sommes le 15 avril. Deux jours avant la Journée nationale de la femme. Pendant que certains répètent leurs discours sur « l’autonomisation » et « la protection des femmes », une femme tombe sous les balles… dans son propre foyer. Mais rassurez-vous : les banderoles seront bien accrochées. Les micros fonctionneront parfaitement. Et les promesses, elles, ne manqueront pas.

La science appelée en renfort… pour trancher l’évidence ? Alors, on convoque la science. Les experts. Les trajectoires. Les angles. Les distances. On mesure. On calcule. On reconstitue. Comme si la vérité avait besoin d’être inventée en laboratoire pour exister. Comme si, sans équations, une évidence ne pouvait pas être entendue.

Témoins, mais jusqu’où ? Dans la maison, il y avait d’autres regards. Des oreilles. Des silences aussi. Les enfants. Le frère. Ils savent peut-être. Ils ont sûrement ressenti. Mais dans ce type d’affaire, la vérité ne dépend pas seulement de ce qui est vu. Elle dépend de ce qu’on ose dire. Et surtout, de ce qu’on accepte d’entendre.

Un féminicide qui n’ose pas dire son nom ?

Alors oui, la question dérange. Elle gratte. Elle accuse. Mais elle doit être posée  et si ce n’était pas un accident ?Et si, derrière cette mise en scène fragile, se cachait un énième féminicide maquillé en drame domestique ? Un de plus. Un de trop. Un qui, comme souvent, cherchera à se dissoudre dans les procédures, les expertises, et les prudences judiciaires. Et après ? Après, il y aura l’oubli. Ou presque.

 

 

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