Société

Drame de Batterie-IV : le foncier gabonais, ce cimetière des petits propriétaires !

Au Gabon, le titre foncier devrait être un rempart contre l’arbitraire. Il est devenu, pour beaucoup de citoyens, le point de départ de leurs plus grands cauchemars.

Le drame survenu à Batterie-IV, ayant coûté la vie à Jérôme Désiré Itoka selon les informations rapportées par L’Union, dépasse largement le cadre d’un simple conflit de voisinage. Il révèle les profondes fractures d’un système foncier où les procédures sont souvent contestées, où les décisions administratives suscitent la méfiance et où le citoyen ordinaire a parfois le sentiment de lutter contre une machine plus puissante que lui.

Comment un différend portant sur une parcelle de terrain peut-il dégénérer jusqu’à conduire à la mort d’un homme ? Cette seule question constitue déjà un terrible réquisitoire contre les dysfonctionnements qui minent la gouvernance foncière.

Depuis plusieurs années, les mêmes histoires se répètent. Des familles affirment occuper des terrains depuis des décennies avant de voir apparaître, parfois brutalement, des titres de propriété dont elles contestent l’origine. Les expulsions, les démolitions et les affrontements deviennent alors les derniers chapitres d’une administration incapable d’inspirer confiance.

Le véritable scandale n’est pas seulement la multiplication des litiges. Le scandale réside dans l’impression que le plus fort finit trop souvent par imposer sa vérité pendant que le plus faible cherche désespérément à faire entendre la sienne.

Dans un État de droit digne de ce nom, les tribunaux doivent remplacer les rapports de force. Les actes administratifs doivent être transparents. Les enquêtes cadastrales doivent être irréprochables. Les forces de sécurité doivent garantir l’ordre public, jamais être perçues comme un instrument au service d’intérêts privés.

L’affaire Batterie-IV, si les faits rapportés sont confirmés par l’enquête, constituerait un échec collectif : celui d’une administration foncière contestée, d’un système de prévention des conflits insuffisant et d’institutions qui n’ont pas su empêcher qu’un litige civil prenne une tournure dramatique.

Le gouvernement ne peut se contenter d’ouvrir une enquête de circonstance. Les Gabonais attendent une réforme profonde du système foncier : audit des titres litigieux, modernisation complète du cadastre, numérisation des archives, contrôle renforcé des procédures d’attribution et sanctions exemplaires contre toute fraude ou toute complicité administrative.

Car le foncier ne doit jamais devenir une loterie où le citoyen découvre, du jour au lendemain, que son patrimoine ne lui appartient plus.

Lorsque la sécurité juridique disparaît, c’est la confiance envers l’État qui s’effondre. Et lorsqu’un conflit foncier se transforme en tragédie humaine, ce n’est plus seulement une famille qui perd un proche : c’est toute la République qui est appelée à rendre des comptes.

L’État gabonais est aujourd’hui placé devant une responsabilité historique. Faire toute la lumière sur cette affaire, établir les responsabilités éventuelles et réformer enfin un secteur miné depuis trop longtemps par les contestations ne relève plus d’un simple choix politique. C’est une exigence de justice, de crédibilité institutionnelle et de paix sociale.

 

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