Politique

Bilie-By-Nze aux arrêts : procédure judiciaire ordinaire ou manœuvre politico-judiciaire soigneusement emballée ?

Parfois, la justice éclaire. D’autres fois, elle intrigue. Et dans certains cas, elle dérange. L’interpellation, ce mercredi 15 avril 2026 à Libreville, de Alain-Claude Bilie-By-Nze ancien Premier ministre d’Ali Bongo Ondimba et candidat à la présidentielle d’avril 2025 soulève une question centrale : assiste-t-on à une procédure judiciaire ordinaire ou à une manœuvre politico-judiciaire soigneusement emballée ?

Cinq millions, dix-huit ans, et une interpellation express

Le dossier tient en une ligne : une créance de 5 millions de francs CFA, liée à une prestation réalisée en 2008 lors de la Fête des cultures. À l’époque, Bilie-By-Nze présidait le comité d’organisation. Dix-huit ans plus tard, sans convocation préalable, sans procédure judiciaire visible, l’ancien chef du gouvernement est interpellé à son domicile par le B2 un service de renseignement militaire et placé en garde. Sur le plan strictement juridique, l’affaire interroge.

Un contentieux de cette nature relève, en principe, du droit civil ou administratif. Il suppose une mise en demeure, une saisine des juridictions compétentes, voire une décision exécutoire. Ici, rien de tout cela n’apparaît clairement. Pire : le recours à un service de renseignement militaire dans une affaire de créance civile constitue une anomalie procédurale difficile à justifier dans un État de droit.

Responsabilité personnelle ou dette publique ?

Au cœur du dossier, une question essentielle : qui devait payer ? Les éléments disponibles indiquent que l’événement relevait du ministère de la Culture, dans un cadre institutionnel piloté à l’époque par Paul Mba Abessole. Autrement dit, le donneur d’ordre était l’État.

Dans ce contexte, imputer personnellement la dette à un président de comité d’organisation fut-il ministre relève au mieux d’une interprétation discutable, au pire d’une construction opportuniste. Chercher aujourd’hui des responsabilités individuelles dans une chaîne administrative vieille de près de deux décennies revient à fouiller les archives avec une loupe sélective. En clair : chercher les poux sur la tête d’un homme devenu politiquement audible.

Une humiliation politique assumée ?

Car au-delà du droit, c’est la symbolique qui frappe. Comment justifier qu’un ancien Premier ministre, dernier chef de gouvernement sous Ali Bongo Ondimba, soit interpellé publiquement pour une affaire aussi marginale, sans précautions institutionnelles minimales ? Dans toutes les démocraties, la gestion des dossiers impliquant d’anciens dignitaires obéit à un principe implicite : préserver la dignité de la fonction, même dans la contestation. Ici, le choix de l’exposition arrestation au domicile, nuit au B2 s’apparente davantage à une mise en scène qu’à une nécessité judiciaire, le paradoxe Oligui Nguema.

Cette séquence met indirectement en difficulté Brice Clotaire Oligui Nguema lui-même. Le président de la transition avait pourtant affirmé n’avoir « qu’un seul adversaire : les préoccupations des Gabonais ». Une posture d’apaisement et de rassemblement. Mais sur le terrain, certains de ses relais semblent engagés dans une logique inverse : neutraliser, discréditer, fragiliser toute voix dissonante. Dès lors, une question s’impose : qui gouverne réellement la séquence politico-judiciaire actuelle ? Si cette opération vise à contenir l’expression publique de Alain-Claude Bilie-By-Nze, elle produit l’effet inverse : elle le repositionne au centre du débat, en victime potentielle d’un acharnement.

Une affaire juridiquement fragile, politiquement lourde

Sur le plan du droit, le dossier paraît mince, voire anachronique. Sur le plan politique, il est explosif. Car ressusciter une affaire de 2008 pour un montant modeste, sans procédure classique, dans un contexte de tensions politiques, expose le pouvoir à une critique majeure : celle d’instrumentalisation de la justice. Et dans ce registre, le risque est élevé. À vouloir fragiliser un homme, on fragilise parfois une institution. À vouloir salir une image, on ternit celle du système tout entier. Jusqu’où aller ?

La véritable question, n’est donc pas celle des 5 millions. Elle est celle de la ligne rouge : jusqu’où peut-on aller dans la judiciarisation des rivalités politiques sans entamer la crédibilité de l’État ? Il appartient désormais à Brice Clotaire Oligui Nguema de clarifier, voire de recadrer, les pratiques de ceux qui agissent en son nom. Car à défaut, le soupçon s’installe. Et avec lui, une certitude : dans cette affaire, la justice seule ne suffit plus à convaincre.

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