Tribune libre : Interpol et les Bongo : vacarme politique ou victoire judiciaire ?
La réponse est dans la question. Comme souvent, l’agitation autour d’une prétendue « notice rouge d’Interpol contre les Bongo » relève davantage du spectacle politique que d’une réalité judiciaire immédiate. Une notice rouge n’est ni un mandat d’arrêt automatique ni, a fortiori, un décret d’exécution mondiale. Son activation obéit à un mécanisme juridique complexe, rigoureux et bien éloigné des slogans destinés à l’opinion.
Pour illustrer mon propos, je me souviens de la mésaventure d’un compatriote originaire du Haut-Ogooué. Victime d’une conspiration familiale, il avait dû fuir le Gabon pour trouver refuge en France après une parodie de procès liée à une prétendue affaire de surfacturation. En avril 2009, arrêté en France à la demande des autorités judiciaires gabonaises, il fut placé en garde à vue en région parisienne. Le procès qui s’ensuivit constitua une véritable humiliation pour la justice de notre pays. Ce compatriote fut, naturellement, remis en liberté.
À la lumière de ce précédent, on serait tenté de dire qu’au lieu d’exhiber comme un trophée médiatique l’inscription des Bongo sur une notice rouge d’Interpol, certains membres du CTRI feraient mieux d’évaluer leur propre vulnérabilité judiciaire. Car pendant qu’ils s’auto-congratulent, ils font eux-mêmes l’objet, selon des informations publiques, d’une plainte déposée en France par Sylvia Bongo et son fils pour des faits présumés de torture, de détention arbitraire et d’atteintes aux droits fondamentaux. L’ironie est mordante : ceux qui se rêvent en justiciers universels pourraient découvrir les exigences, bien moins théâtrales, de la justice internationale.
Il faut surtout rappeler une évidence que l’enthousiasme putschiste semble occulter : aucun tribunal crédible ne peut ignorer les conditions dans lesquelles Sylvia Bongo, son fils et leurs proches ont été arrêtés, détenus et poursuivis. Lorsqu’un pouvoir issu d’un coup d’État militaire ordonne arrestations, détentions et procédures pénales, la question de la légalité et des garanties du procès équitable devient centrale.
Le droit international ne fonctionne ni au rythme des communiqués martiaux ni à celui des emballements numériques. Il exige compétence régulière, indépendance juridictionnelle et respect des droits de la défense.
Au final, beaucoup de bruit, et une solidité juridique sans doute moins éclatante que ne le suggère la mise en scène politique. Le droit n’est pas un communiqué militaire « numéro 000… quelque chose ».
Par Michel Ongoundou Loundah



