Société

Gabon : l’affaire Mvou Loubamono au cœur des interrogations avant la réunion du Conseil supérieur de la magistrature

Alors que le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) doit bientôt se réunir en session ordinaire pour valider le mouvement des magistrats et confirmer les sanctions disciplinaires prises le 25 août dernier, une question revient sur toutes les lèvres : pourquoi la magistrate Édith Christiane Mvou Loubamono n’est-elle toujours pas inquiétée ? Retour sur un dossier qui remet en cause l’égalité de tous devant la loi.

L’audience disciplinaire du 25 août avait pourtant envoyé un signal fort. Une dizaine de magistrats ont été sanctionnés et trois hauts magistrats ont été radiés, dont l’ancien procureur général Eddy Narcisse Minang. Beaucoup y ont vu le signe d’une justice qui refuse désormais de protéger ses membres coupables d’abus. Mais cette opération de nettoyage laisse un goût amer à ceux qui constatent que d’autres dossiers graves restent bloqués dans les tiroirs. Le cas le plus marquant concerne Édith Christiane Mvou Loubamono, ancien procureur général près la cour d’appel judiciaire de Port-Gentil.

L’affaire remonte à un litige entre la société 3MA et le Syndicat autonome des pétroliers (SAP). Arrêté et placé en garde à vue pendant deux nuits dans les geôles de l’antenne de la Direction générale des contre-ingérences et de la sécurité militaire (DGCISM), communément appelée B2, Patrick Yenou, alors responsable du syndicat, a dû verser 100 millions de FCFA pour être libéré. Une somme remise à l’agent de cette unité de police judiciaire, le lieutenant G.L. Ndemby, contre un reçu. Quelques jours plus tard, le procureur de la République classait l’affaire sans suite et la Cour de cassation annulait la condamnation du syndicat. Mais les 100 millions, eux, ont disparu.

Les déclarations faites lors de l’enquête menée par le juge d’instruction, après le dépôt en janvier 2024 d’une plainte pour extorsion devant le juge dinstruction, révèlent une situation scandaleuse : cette somme aurait été partagée entre Édith Christiane Mvou Loubamono, l’agent du B2 qui menait l’enquête et le patron de la société 3MA, Moundele Moon. Me Moumbembe, l’avocat de M. Yenou, a publiquement parlé de vol et réclamé la restitution de l’argent de son client.

Depuis janvier dernier, soit depuis huit mois, deux plaintes ont été déposées pour faire la lumière sur cette affaire. La première a été adressée au parquet général près la Cour de cassation, où la magistrate exerce aujourd’hui comme procureur général adjoint. Elle est restée sans aucune réponse, alors que le Statut des magistrats rend l’ouverture d’une enquête obligatoire en pareil cas. La seconde a été déposée devant le Conseil permanent du CSM. Bien que les protagonistes aient été entendus, le dossier n’a pas été retenu lors de l’audience disciplinaire du 25 août.

Lors de son discours à la nation le 29 août dernier, à l’occasion de la fête de la libération, le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, rappelait que « le corporatisme ne doit pas prendre le pas sur la responsabilité » et que chacun, du simple citoyen au haut magistrat, doit répondre de ses actes. Avec un reçu officiel délivré par le B2 et des accusations publiques qui n’ont jamais donné lieu à des poursuites pour diffamation, le silence des institutions pose problème. La prochaine session du CSM sera l’occasion de vérifier si la justice s’applique de la même manière pour tous ou s’il existe toujours des privilèges d’impunité.

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