Société

Justice gabonaise : le Synamag dénonce « un sabotage institutionnel et exige des actes »

Sanctions, insécurité, inertie du Gouvernement : les magistrats parlent de "renoncements" et d'instrumentalisation". 

Libreville, 4 septembre 2026. Le ton est grave. Très grave.   Dans un communiqué du 02 septembre 2026, le bureau exécutif du SYNAMAG  tire à boulets rouges sur le pouvoir. Accusation centrale : l’État sanctionne la justice « avec zèle » mais refuse « obstinément de l’outiller, de la protéger et de la faire fonctionner normalement ».

Le Syndicat National des Magistrats du Gabon dresse le constat d’une institution « que l’on peut braver et menacer sans risque ».  Premier grief : l’abandon matériel.  « On ne bâtit pas une justice respectée avec des palais de justice vétustes, dépourvus de sécurité, et pour la plupart jamais rénovés depuis des décennies ».

Le SYNAMAG rappelle qu’en dehors du palais de Libreville, « aucun autre palais de justice n’a été rénové encore moins construit ». La promesse gouvernementale de rénovation annoncée « voilà un an » est restée « lettre morte ». Verdict du syndicat : l’image de la justice se dégrade « parce que l’État a choisi, année après année, de la placer au bas de ses priorités ».

Deuxième dérapage dénoncé : l’usage politique du Conseil de discipline.  Le SYNAMAG évoque des « procédures disciplinaires menées avec un empressement suspect » et des « magistrats sacrifiés sur l’autel d’équilibres politiques ».  Référence directe aux sanctions du *25 août 2026*. Le syndicat les juge « disproportionnées » et annonce qu’il est « disposé à assister tous les magistrats sanctionnés » qui saisiront le Conseil d’État.   Le plus dur : « Lorsque le politique veut régler ses comptes avec un magistrat, il emprunte la voie d’autres magistrats pour l’anéantir ». Une accusation d’instrumentalisation directe du corps par le pouvoir.

Troisième point : l’abandon sécuritaire 

Le SYNAMAG cite la tentative d’immolation au palais de Libreville et surtout le cas de Mouila  : refus d’exécuter des mandats, retrait de la protection du Procureur Général, « intimidation armée au sein même du palais de justice ».  Pire : « l’indifférence assourdissante du Garde des Sceaux ». Pour le syndicat, quand la police judiciaire « brave » l’autorité du Parquet, « c’est l’autorité même de la justice qui est publiquement piétinée ».

Le SYNAMAG liste 3 blocages délibérés :  le CSM à l’arrêt : La session ordinaire prévue en juillet 2026 « ne s’est, à ce jour, toujours pas réunie ». Résultat : à 1 mois de la rentrée, aucun magistrat ne connaît son affectation. Le syndicat parle de « précarité organisationnelle intolérable » pour les familles.  Le statut fantôme : Le gouvernement refuse « d’adopter les textes d’application indispensables ». Le statut reste « une coquille largement vide ».

L’argent de la justice détourné ? : Le rapport de la commission mixte d’octobre 2025 sur la traçabilité dort. Le Ministre a préféré une mesure « dérisoire » sur le seul casier judiciaire. Le SYNAMAG pose des questions directes : « Comment le Ministre a-t-il géré, jusqu’à présent, l’argent du casier judiciaire ? Où sont passées les centaines de millions générées par ce service ? Où sont passés les centaines de millions du Greffe du commerce logé à l’ANPI ? »    Et réclame « le solde du compte justice logé au Trésor Public ». Aucune réponse à ce jour.

Le SYNAMAG ne nie pas les « comportements déviants » en son sein. Mais il refuse d’être le « bouc émissaire désigné des maux qui minent le Gabon ». Ses 3 exigences immédiates : la tenue immédiate de la session ordinaire du CSM,  l’adoption sans délai des textes d’application du statut, la mise en œuvre effective et vérifiable des mesures de sécurisation des palais. Faute de quoi, les magistrats « se réuniront dès la rentrée judiciaire pour décider de la suite à donner ».

 

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