Production d’Iboga : à la découverte de la pépinière de Lébamba

Par Étienne MAKOUNGOU
Arbuste aux vertus thérapeutiques reconnues et pilier spirituel de plusieurs rites traditionnels gabonais, dont le Bwiti, le Ndjembe et le Mwiri, l’iboga (Tabernanthe iboga) se trouve aujourd’hui à un tournant décisif. Menacé par la surexploitation, le pillage de la ressource et l’insuffisance de l’encadrement juridique, ce végétal sacré fait désormais l’objet d’une prise de conscience croissante.
Au-delà de sa dimension culturelle et spirituelle, l’iboga représente un enjeu de souveraineté, de développement rural et de valorisation du patrimoine naturel gabonais. Pour de nombreux acteurs, il est temps de construire une filière nationale capable de faire de cette plante un véritable label « Made in Gabon ».
Les institutions commencent à se mobiliser
Longtemps restée peu structurée, la filière de l’iboga pourrait bientôt bénéficier d’un cadre plus cohérent. Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a récemment engagé des réflexions visant à organiser le secteur, protéger les savoirs ancestraux et lutter contre les risques de biopiratage.
L’enjeu consiste notamment à garantir aux communautés détentrices de ces connaissances une meilleure reconnaissance, tout en assurant la préservation de la ressource. Car la sauvegarde de l’iboga ne peut se limiter aux textes et aux réunions institutionnelles : elle dépend aussi d’initiatives concrètes menées sur le terrain.
À Lébamba, une pépinière au service de la préservation
Dans la province de la Ngounié, précisément à Lébamba, Jean Prosper Moukouangui a choisi d’agir. Pépiniériste passionné et spécialiste de la culture de l’iboga, il entend contribuer à réduire la pression exercée sur les peuplements naturels.
Son initiative repose sur la production de plants destinés à être replantés dans les villages, les exploitations agricoles et les espaces appropriés.
Sa pépinière dispose actuellement de 13 000 plants prêts à être mis en terre. Chaque pied est proposé au prix de 5 000 francs CFA, avec l’objectif de rendre la plantation accessible et d’encourager une production à plus grande échelle.
À terme, Jean Prosper Moukouangui ambitionne de devenir un acteur de référence dans la fourniture de plants d’iboga dans le sud du Gabon et de contribuer à l’émergence d’une dynamique de reboisement responsable. « Protéger l’iboga, c’est d’abord apprendre à le cultiver pour ne plus dépendre de la cueillette sauvage qui épuise nos forêts. »
Une filière organisée pour préserver les traditions
La culture encadrée de l’iboga apparaît comme une réponse à plusieurs défis. Elle pourrait notamment permettre de : garantir un approvisionnement durable et éthique aux communautés initiatiques, limiter la destruction des peuplements naturels liée à la cueillette sauvage, préserver les écosystèmes forestiers et les savoirs traditionnels développer une filière nationale de transformation et de valorisation, favoriser l’exportation légale de produits destinés à la recherche pharmacologique, créer des emplois et des revenus dans les zones rurales.
La structuration de cette filière suppose toutefois une réglementation claire, des mécanismes de traçabilité et une protection effective des connaissances traditionnelles. Elle nécessite également un accompagnement technique et financier des producteurs locaux.
Le défi du « Made in Gabon »
L’iboga ne doit pas être considéré uniquement comme une ressource à exploiter. Il constitue aussi un élément du patrimoine culturel et biologique du Gabon. Sa valorisation doit donc s’inscrire dans une démarche durable, respectueuse des communautés, des forêts et des usages traditionnels.
L’expérience menée par Jean Prosper Moukouangui à Lébamba illustre cette orientation : la protection du patrimoine passe aussi par la terre, la formation et l’agriculture. Il revient désormais aux pouvoirs publics de traduire cette prise de conscience en mesures concrètes afin de soutenir les initiatives locales, sécuriser la ressource et faire de l’iboga un patrimoine véritablement protégé et valorisé au Gabon.



