Investigation

Crise à l’AGASA : Jean Delors Biyogue, les agitations puériles d’un DG totalement perdu

On dit que le pouvoir use. Au Gabon, il semble surtout inspirer des élans de nostalgie monarchique. Au point qu’un homme en arrive à confondre l’entité publique qu’il dirige avec une entreprise familiale. C’est visiblement la trajectoire empruntée par Jean Delors Biyogue Bi Ntougou.

Arrivé par on ne sait quelle alchimie à la tête de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire, (AGASA), ce personnage excentrique a convoqué la presse pour ce qui devait être une « très importante déclaration ». Alors qu’on attendait des explications sur les accusations de malversations financières et les trafics présumés autour des bordereaux d’encaissement utilisés par les délégués provinciaux, le DG a préféré « la victimisation ».

Un spectacle de diversion

Dans ce registre, l’enseignant d’université est passé maître. Il accuse frontalement son Directeur Général Adjoint et son DAF de « complot » contre lui. De « gestion parallèle » de l’AGASA. De « blocage » et même de « réquisition » des carnets de recouvrement, empêchant selon lui, l’agence de fonctionner. Il évoque même des « millions de pertes ».

Sauf que cette comédie ne convainc que ceux qui refusent de regarder la réalité en face : l’AGASA est en crise. Non pas une crise de leadership, mais une crise de management qui ne peut plus durer.

L’orthodoxie financière prise pour une trahison

Le véritable déclencheur ? La montée au créneau du DAF et du DGA. Ils ont demandé aux délégués provinciaux de faire remonter à la direction générale les bordereaux d’encaissement. Objectif : vérifier si les montants reversés au Trésor public correspondent bien à ceux collectés sur le terrain.  Rien de plus. Rien de moins. Juste une mesure de contrôle et d’orthodoxie financière, conforme aux exigences du Président de la République.

Mal leur en a pris. Au lendemain de cette exigence, le DGA et le DAF ont été sanctionnés par le Directeur Général. Plusieurs de leurs prérogatives leur ont été retirées. Allez y comprendre quelque chose.

Cette mesure a au moins le mérite de lever le voile : Jean Delors Biyogue ne veut pas que les autres responsables de la structure, nommés comme lui en Conseil des Ministres, regardent de trop près la gestion de l’AGASA. En protégeant des délégués spéciaux ouvertement soupçonnés de malversations, il donne du crédit à la thèse d’une connivence.

La fuite en avant

Spécialiste de l’enfumage, le DG tente désormais de présenter ses collaborateurs comme des « déloyaux », accusés d’être à l’origine de fuites de documents sensibles. Une fuite en avant. Car comment expliquer que les mêmes collaborateurs qui  dénoncent ouvertement les dérives manœuvrent pour faire fuiter des documents ?  Le DGA, Oscar Sidibi Mapangou, refuse d’ailleurs de se rendre complice d’une gestion chaotique de la structure : « J’ai été formé pour servir mon pays, dans l’honneur et la dignité. Je ne serai jamais partisan du désordre, de la corruption et de la concussion. Les hommes passent ; l’administration, elle, reste. », peste cet officier supérieur de l’armée.

 L’urgence d’un audit

L’AGASA ne peut pas continuer ainsi. Protéger une gestion opaque au nom de l’autorité, c’est tuer l’institution. Les Gabonais attendent de l’AGASA qu’elle garantisse la sécurité alimentaire, pas qu’elle serve de caisse noire à quelques-uns. Il est temps que les autorités compétentes ouvrent un audit indépendant. Parce que dans cette affaire, ce ne sont pas les lanceurs d’alerte qu’il faut sanctionner. Ce sont les zones d’ombre qu’il faut éclairer.

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page