L' Assemblée nationale aux couleurs de l'UDB/PDG.
Le Gabon est décidément un pays où les miracles politiques se produisent à une vitesse biblique. En 2023, on annonçait la mort du PDG, enseveli dans les ruines du système Bongo. Deux ans plus tard, voilà qu’il revient sous une autre appellation : UDB, Union Démocratique des Bâtisseurs. Même couleur de mentalité, même parfum de domination, même réflexes électoraux. Seul l’emballage a changé l’étiquette a pris un coup de peinture verte, mais le contenu reste bien rose.
Alain Claude Bilie-By-Nze, l’ancien Premier ministre, avait prévenu dès 2024 : « C’est une course de relais. » Il avait raison. Le témoin a changé de main, mais c’est toujours la même équipe qui court et dans la même direction. Sauf qu’à ce rythme, ce n’est plus une course de relais, c’est une course circulaire autour du même stade : celui du pouvoir éternel.
L’UDB, ce PDG qui a juste changé de parfum
Les législatives et locales de 2025 ont été un festival d’astuces électorales. Bourrages d’urnes, transport d’électeurs, procurations multipliées, achats de conscience au prix du manioc, et manipulation de résultats avec la précision d’un prestidigitateur politique. Bref, la démocratie gabonaise a encore servi du déjà-vu : même menu, nouveau cuisinier. L’esprit du PDG n’a pas quitté le pays, il a simplement pris congé au bord de mer avant de revenir sous uniforme.
Comme le dit un proverbe bantou : « Le serpent peut muer, mais il garde toujours son venin. » Et dire que le 30 août 2023, le CTRI avait juré sur l’honneur que plus jamais les Gabonais ne connaîtraient les mascarades électorales. Deux ans plus tard, le virus qu’on disait éradiqué a refait surface et cette fois, il porte costume-cravate et prêche la morale politique.
L’Assemblée des “Bénis Oui-Oui” : quand le Parlement devient une chorale. La nouvelle Assemblée nationale s’annonce comme un espace d’applaudissements permanents. Les futurs députés, majoritairement issus du parti présidentiel, risquent de ressembler à ces figurants de théâtre qui hochent la tête pendant que le héros parle.
Ici, point de débats contradictoires, point d’affrontement d’idées : tout sera voté par acclamation. Le mot “opposition” semble désormais relégué au musée des institutions disparues, juste à côté du bipartisme et de la démocratie participative. On promettait aux Gabonais un Parlement rénové ; ils auront une salle d’écho. Une Assemblée nationale sans opposition, c’est comme un plat de nyembwe sans sel : ça remplit l’assiette, mais ça n’a pas de goût.
Un coup d’État pour libérer, une élection pour verrouiller
Ironie du destin : le coup du 30 août avait pour justification la tricherie électorale. Deux ans plus tard, les mêmes pratiques reprennent, mais cette fois sous le label de la “nouvelle République”. Le pouvoir actuel a, semble-t-il, compris la leçon de ses prédécesseurs : pour gagner, il suffit de copier leurs méthodes. Comment comprendre qu’un pays qui s’est vanté d’avoir organisé un référendum et une présidentielle sans faille retombe dans les mêmes travers pour des législatives ?
Peut-être que, finalement, le problème n’est pas dans les urnes, mais dans la mentalité. Le Gabon voulait la restauration des institutions, il a eu la restauration du système. Le CTRI voulait redonner la dignité au peuple, mais le peuple assiste impuissant à la tripatouille de son vote. Comme le disent les anciens : « Quand le crocodile vous dit que la rivière est trouble, demandez-lui qui y a remué la boue. »
La démocratie à respiration assistée
Avec une Assemblée monocolore, la démocratie gabonaise entre en soins intensifs. Le débat contradictoire, cet oxygène vital du pluralisme, risque de s’éteindre sous la chape du consensus forcé. Les lois passeront comme des lettres à la poste, les budgets seront votés les yeux fermés, et les scandales seront balayés sous le tapis de la majorité.
Les députés n’auront qu’un rôle : lever la main. Et gare à celui qui la lève au mauvais moment, car dans ce Parlement-là, le désaccord sera vu comme une maladie honteuse. L’hémicycle risque donc de devenir un monastère politique : tout le monde prie dans la même direction, sous la bénédiction du chef. Le pluralisme, lui, ira se réfugier dans les réseaux sociaux dernier espace où l’opposition a encore une voix, même tremblotante.
Quand la prophétie devient malédiction
Bilie-By-Nze avait donc raison : c’est bien une course de relais. Mais à force de se passer le témoin entre les mêmes mains, la démocratie gabonaise finit par tourner en rond. Et pendant que les élus récitent en chœur “Amen” à chaque projet de loi, le peuple, lui, regarde cette pièce de théâtre avec lassitude.
Le 30 août 2023 devait être le jour de la rupture. Il est devenu celui de la continuité maquillée. Le PDG a changé de nom, pas de nature. Et la Ve République s’annonce comme une rediffusion de la précédent juste avec un nouveau logo et des promesses reformatées. La démocratie gabonaise ressemble à un tambour : elle fait du bruit, mais elle est creuse à l’intérieur.
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