Société

Yango à Libreville : une entreprises aux origines troubles

Avant d’ouvrir ses portes, la plateforme doit répondre aux questions de régulation, de données et de modèle économique. 

Elle se présente comme une start-up internationale. Mais derrière Yango se cache une histoire plus complexe.   Alors que la plateforme de VTC lance sa campagne de recrutement à Libreville en partenariat avec Urban, le Gabon s’apprête à accueillir un acteur dont les origines, les restructurations et les précédents africains imposent prudence et fermeté.

Pour comprendre les interrogations qui entourent Yango, il faut revenir à la source.  La plateforme est issue de l’écosystème technologique de *Yandex*, longtemps présenté comme « le Google russe ». Yango a été créée pour porter le développement international du groupe dans la mobilité et les services numériques.

Mais la guerre en Ukraine et les sanctions occidentales ont tout bouleversé.  Les activités internationales de Yango ont été *restructurées et désormais pilotées depuis Dubaï, aux Émirats arabes unis. L’entreprise se présente aujourd’hui comme une entité internationale, juridiquement indépendante de Yandex.

Une évolution capitalistique, oui. Mais qui n’efface pas l’histoire technologique : l’infrastructure logicielle, les algorithmes et le savoir-faire viennent directement de l’écosystème russe.  C’est cette filiation qui nourrit, depuis des années, les interrogations des régulateurs européens sur le traitement des données collectées par les services de mobilité.

Le Gabon ne peut pas faire comme si ce passé n’existait pas.  

L’innovation ne doit pas faire oublier les faits.  Au Bénin, Yango a vu ses activités suspendues avant une reprise sous conditions, après une phase de régularisation jugée nécessaire par les autorités.  En Côte d’Ivoire, une enquête de _Le Perroquet Libéré_ a pointé les difficultés économiques de nombreux chauffeurs et soulevé des questions sur les flux financiers et la gestion des données personnelles.

Deux signaux d’alerte : un modèle qui peut bousculer sans encadrement, et des chauffeurs qui paient parfois le prix de la croissance rapide.

À Libreville, le processus est déjà en marche. Le 19 août  GabonReview annonçait le lancement d’une campagne de recrutement et un partenariat avec l’opérateur local Urban.  Problème : aucun lancement officiel n’a encore été acté par les pouvoirs publics.  Avancer sans cadre clair, c’est prendre le risque de subir plutôt que de choisir. C’est laisser un géant du numérique fixer lui-même les règles du jeu.  Le Gabon a donc  tout intérêt à saisir l’opportunité Yango. Emplois, mobilité, paiement digital.

Mais à 3 conditions non négociables :

la Transparence sur la gouvernance des données : Où sont stockées les données des usagers et des chauffeurs gabonais ? Qui y a accès ? Un audit et une localisation des serveurs doivent être exigés, au nom de la souveraineté numérique.

Un cadre réglementaire anticipé : Statut des chauffeurs, fiscalité, reversement aux collectivités, assurance. Le Bénin a légiféré après. Le Gabon doit le faire avant.

Dialogue avec l’écosystème local : Taxis, coopératives, fintechs. L’innovation doit s’intégrer, pas écraser.

 

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