1700 milliards de FCFA : Paul Mba Abessolo, Eugène Capito, Emile Doumba, Alfred Nguia Banda…sommés de payer leurs dettes à l’Etat
Le livre est arrivé à notre rédaction. Et sa lecture vaut son pesant de milliards. La Cour des comptes vient de publier son premier Recueil des décisions et avis des juridictions financières, couvrant la période 1994-2022 : 83 actes, 55 arrêts et jugements, 61 personnes physiques et cinq personnes morales.
Mais derrière cette froide comptabilité judiciaire se cache aussi une étonnante photographie du Gabon politique des années Omar Bongo et Ali Bongo. On y retrouve des hommes du pouvoir, des anciens ministres, des hauts responsables, des personnalités proches du régime, mais également des figures qui furent opposées à Omar Bongo et d’autres qui connurent la disgrâce ou l’exil sous Ali Bongo.
Paul Mba Abessole, ancien opposant historique à Omar Bongo devenu ministre, apparaît ainsi avec un débet de 2,074 milliards de FCFA. Émile Doumba, ancien ministre et grande figure du dispositif économique de l’ancien régime, est cité pour 3,020 milliards. Jean-Rémy Pendy Bouyiki, ancien ministre d’État et conseiller d’Omar Bongo, figure également dans le recueil. Et puis il y a Alfred Nguia Banda, ancien responsable du système devenu opposant et exilé pendant plusieurs années sous Ali Bongo. Comme quoi, au Gabon, les carrières politiques peuvent changer de camp. Les archives financières, elles, ne changent pas de camp. Le cas Eugène Capito donne presque le vertige : un débet de 114,069 milliards de FCFA, concernant des opérations non justifiées sur les exercices 1980 à 1990.
Cent quatorze milliards !
À ce niveau, même la calculette du Trésor public demande une assistance psychologique. Mais attention : être cité dans ce recueil ne signifie pas automatiquement être coupable de détournement. Les 61 personnes correspondent à des situations juridiques différentes : débets, amendes, recours, révisions, non-lieux ou requêtes irrecevables. Le vrai scandale est ailleurs.
Le 1er septembre, la Cour des comptes annonçait 1 700 milliards de FCFA de débets et d’amendes à recouvrer. Très bien. Mais combien ont réellement été récupérés ? Car une condamnation n’est pas un encaissement. Un débet n’est pas un dépôt bancaire. Et 1 700 milliards inscrits dans des décisions ne remplissent pas les caisses de l’État. Voilà la question que la nouvelle République doit désormais affronter : Combien de milliards ont été condamnés ? Combien ont été recouvrés ? Combien restent dehors ? Et pourquoi certains dossiers dorment-ils depuis des décennies ?
La Cour des comptes vient d’ouvrir le vieux livre des comptes de la République. À l’État maintenant de faire quelque chose de beaucoup moins littéraire : récupérer l’argent. Parce qu’au Gabon, les milliards sur papier, c’est spectaculaire. Les milliards dans les caisses, c’est mieux.



