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600 personnes redevables de 1 700 milliards de francs CFA envers l’État : le 7 octobre ne doit donc pas être une nouvelle date dans un calendrier d’annonces.

(Par Étienne MAKOUNGOU, Penseur Libre de Lowa)

Le Gabon découvre, une fois de plus, une liste de débiteurs présentés comme redevables de près de 1 700 milliards de francs CFA envers l’État.

À l’appui de cette annonce : environ 600 personnes physiques et morales concernées, un délai d’un mois pour régulariser leur situation et, au terme de cette échéance, la menace d’une transmission des dossiers à la justice pénale, voire à la Cour criminelle spéciale.  Ces éléments ont été rendus publics par la Cour des comptes, qui affirme vouloir accélérer le recouvrement de débets et d’amendes accumulés depuis plusieurs années.

Sur le papier, l’annonce peut sembler ferme.

Dans les faits, elle appelle surtout une question simple : pourquoi faut-il encore communiquer sur ce qui devrait relever de l’application normale de la loi ?

Une liste ne recouvre aucune dette.

Une liste, aussi longue soit-elle, ne constitue pas un recouvrement. Elle ne saisit aucun bien, ne crédite aucun compte du Trésor et ne restitue pas un seul franc aux contribuables. Un communiqué, aussi solennel soit-il, ne remplace ni une décision de justice ni son exécution.

La Cour des comptes évoque près de 600 dossiers impliquant notamment des comptables publics, des ordonnateurs de crédits, d’anciens ministres, des maires, des présidents d’assemblées départementales et des entreprises privées.

Les sommes concernées seraient liées à des débets et à des amendes prononcés à la suite de contrôles portant sur la gestion de fonds publics.

Il ne s’agit donc pas d’un simple contentieux commercial. Derrière ces montants se trouvent des ressources destinées aux écoles, aux hôpitaux, aux routes, aux collectivités et aux services publics.

Lorsque l’argent de l’État n’est pas récupéré, ce n’est pas seulement le budget qui souffre : c’est la confiance des citoyens, l’égalité devant la loi et la crédibilité des institutions qui s’effondrent.

Pourquoi attendre encore ?

Depuis le 7 septembre 2026, les personnes et les entreprises concernées disposent d’un délai courant jusqu’au 7 octobre pour régulariser leur situation. Au-delà de cette date, les dossiers non réglés pourraient être transmis aux juridictions compétentes.

Très bien. Mais si les décisions existent déjà, si les débiteurs sont identifiés et si les créances sont établies, pourquoi attendre une nouvelle séquence médiatique pour agir ? La question est d’autant plus légitime qu’il existe une Agence judiciaire de l’État, précisément chargée de défendre les intérêts patrimoniaux de la puissance publique.

Si la justice gabonaise est indépendante, ses magistrats ne devraient pas avoir à attendre un signal politique pour engager les procédures nécessaires au recouvrement des fonds publics. L’application de la loi ne peut dépendre d’une autorisation informelle, d’un effet d’annonce ou d’un calendrier de communication.

Une justice indépendante ne se contente pas d’annoncer des poursuites possibles.Elle agit dans le respect des procédures, établit les responsabilités et fait exécuter les décisions rendues.

La justice n’a pas besoin de fanfare. Le scénario actuel donne le sentiment qu’une publication de noms pourrait exercer, à elle seule, une pression suffisante sur les débiteurs.

Or le pouvoir de contrainte n’appartient ni à l’opinion publique ni aux communiqués gouvernementaux. Il appartient aux institutions judiciaires compétentes. Ce sont les magistrats qui peuvent ordonner les saisies, engager les procédures d’exécution forcée, faire immobiliser les avoirs et demander, lorsque les conditions légales sont réunies, l’ouverture de poursuites pénales.

Tout cela doit se faire sans spectacle, sans humiliation publique et sans confusion entre la présomption d’innocence, la responsabilité financière et la culpabilité pénale. Car une liste peut exposer. Elle ne peut pas juger. Elle ne peut pas saisir. Elle ne peut pas rembourser.

Le peuple gabonais n’attend pas une nouvelle mise en scène de la fermeté. Il attend de savoir combien a déjà été recouvré, quels biens ont été saisis, quelles décisions ont été exécutées et quels dossiers ont été définitivement clôturés.

Le 7 octobre, place aux actes

Si le délai d’un mois est sérieux, alors il doit produire des effets vérifiables. Il ne saurait être suivi d’une prolongation discrète, d’arrangements confidentiels ou d’une justice variable selon le rang social, les réseaux ou l’influence des personnes concernées.

Le 7 octobre ne doit donc pas être une nouvelle date dans un calendrier d’annonces. Il doit constituer le point de départ d’un bilan public et documenté : les sommes effectivement remboursées ; les biens saisis ou placés sous main de justice ; les procédures engagées ; les dossiers classés et les raisons de leur classement ; les responsables poursuivis, dans le respect des droits de la défense et des règles de procédure.

C’est à cette condition seulement que la parole publique retrouvera une part de sa crédibilité. La souveraineté se mesure aux résultats. Le Gouvernement de la Transition doit désormais comprendre que la lutte contre les détournements ne se gagne pas à coups de listes, de déclarations et d’ultimatums. Elle se gagne par la continuité de l’action judiciaire, la transparence du recouvrement et l’exécution effective des décisions.

La souveraineté financière de l’État ne se mesure pas au montant annoncé, mais à la capacité de récupérer les fonds dus. La justice sociale ne se proclame pas : elle se vérifie lorsque les puissants comme les anonymes répondent de leurs actes selon les mêmes règles.

Alors, Gouvernement de la Transition, cessez de confondre communication et justice. Le Gabon n’a pas besoin de listes supplémentaires, mais de décisions appliquées. Il n’a pas besoin de discours plus fermes, mais de saisies, de remboursements et de résultats.

À l’approche du 7 octobre, les citoyens attendent moins de paroles et davantage d’actes. Ils attendent une justice qui assume pleinement ses responsabilités, une Agence judiciaire qui rende compte de son action et un gouvernement qui ne se cache plus derrière les effets d’annonce.

Agissez !

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