Economie

283 milliards de manque à gagner pour l’Etat : le gouvernement décide de suspendre les privilèges fiscaux

Libreville, 8 septembre 2026. Le ton est ferme, presque sec. Dans un communiqué publié ce lundi, le Gouvernement gabonais tire un trait sur une pratique devenue habituelle : les exonérations fiscales et douanières accordées au compte-gouttes.   Signé par Thierry Minko, le  ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la Lutte contre la Vie Chère, le texte acte une suspension immédiate. Derrière cette décision, un chiffre qui fait mal : 283,277 milliards de FCFA envolés au cours des dernières années.

À l’issue du premier semestre 2026, les comptes ne mentent pas.  Côté Douanes, l’État a laissé filer 209,239 milliards FCFA. Côté impôts, le manque à gagner atteint 74,038 milliards FCFA.  Au total, c’est l’équivalent du budget de plusieurs ministères réunis qui n’est pas entré dans les caisses publiques.

C’en est trop , a jugé le gouvernement. Trop pour un pays qui dit vouloir rétablir ses équilibres, rendre la fiscalité plus juste, et surtout lutter contre la vie chère.   Car c’est bien là toute l’équation : à quoi servent des exonérations si elles ne se traduisent pas par des baisses de prix, des emplois, ou des investissements concrets ?

À partir d’aujourd’hui, le robinet est fermé. Premièrement, il est désormais interdit d’accorder la moindre nouvelle exonération, quelle qu’en soit la forme. Plus de passe-droits, plus d’arrangements.  Deuxièmement, tous les avantages déjà accordés par décisions administratives sont suspendus jusqu’à nouvel ordre. Les entreprises qui bénéficiaient de ces régimes dérogatoires devront donc se remettre à payer comme tout le monde.

Troisièmement, l’État lance un grand audit des contreparties sur la période 2023-2026. L’objectif est simple : vérifier, ligne par ligne, ce que le Gabon a reçu en échange de ces largesses. Des usines ? Des emplois ? Une baisse des prix ? Les conclusions seront rendues publiques « dans les mois à venir ».  Quatrièmement, la prochaine loi de finances va reprendre le sujet à la racine. Toutes les incitations prévues par la loi seront révisées et soumises au Parlement.

Le message aux opérateurs économiques est clair :  place à la règle commune. Déclarez. Payez vos impôts, vos droits, vos taxes.  Pour le Ministre Thierry MINKO, il s’agit de remettre de l’ordre. De s’assurer que la dépense fiscale, cet argent que l’État choisit de ne pas percevoir, a bien une utilité publique.

Car au fond, la question posée est celle-ci : un pays peut-il se permettre de donner sans compter, quand ses hôpitaux manquent de moyens et que le panier de la ménagère pèse de plus en plus lourd ?  La réponse du Gouvernement, ce 8 septembre, a été non.  La preuve que le temps des chèques en blanc est terminé.

 

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