Politique

L’UDB loue un avion militaire pour « ses ambiances » : de la rupture annoncée à la reproduction des pratiques anciennes

Au Gabon, les révolutions politiques ont parfois une étrange manière de tourner en rond. Elles changent les slogans, remplacent les couleurs des affiches, renouvellent les visages sur les panneaux publicitaires, mais conservent intactes certaines habitudes de pouvoir. La récente polémique autour de l’utilisation d’un avion de l’Armée de l’air gabonaise par les dirigeants de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) en fournit une illustration presque pédagogique.

Depuis plusieurs jours, les réseaux sociaux s’enflamment. Les images sont éloquentes : le secrétaire général de l’UDB, Mays Mouissi, accompagné de plusieurs responsables du parti, descend d’un appareil militaire à Koulamoutou dans le cadre d’une tournée politique. Immédiatement, les critiques fusent. Les défenseurs du nouveau régime dénoncent une polémique artificielle. Les opposants, eux, y voient la preuve que la fameuse rupture promise n’était qu’un slogan de campagne. La vérité est sans doute plus embarrassante. Car le problème n’est pas tant l’avion que le symbole.

L’UDB explique avoir payé la prestation à hauteur de 8,6 millions de FCFA. Soit. Supposons que toutes les procédures aient été respectées. Supposons même que chaque franc dépensé provienne effectivement des cotisations des militants. La question demeure entière : pourquoi un parti politique qui prétend incarner le renouveau démocratique choisit-il de mobiliser un outil relevant de l’appareil militaire de l’État pour assurer sa promotion politique ? Cette affaire révèle surtout une continuité idéologique que les communicants du pouvoir peinent désormais à masquer.

Pendant des décennies, le Parti démocratique gabonais (PDG) a gouverné le pays en entretenant une confusion permanente entre l’État et le parti. Les moyens administratifs, les véhicules publics, les infrastructures de l’État et parfois même les symboles de la République accompagnaient naturellement les activités partisanes. À l’époque, cette pratique était dénoncée par ceux-là mêmes qui promettaient aujourd’hui une gouvernance nouvelle. Or, moins de trois ans après la chute du système Bongo, que constate-t-on ?

Le parti présidentiel bénéficie d’une visibilité institutionnelle exceptionnelle. Ses tournées occupent l’espace médiatique. Ses responsables voyagent dans des conditions logistiques que peu de formations politiques peuvent espérer égaler. Ses événements donnent parfois l’impression que les frontières entre appareil d’État et appareil partisan deviennent de plus en plus poreuses.

Autrement dit, la rupture annoncée ressemble de plus en plus à une succession organisée. Le PDG avait ses avions de l’État, ses gouverneurs mobilisés, ses préfets attentifs et ses administrations disponibles. L’UDB nous explique désormais qu’elle paie les factures. Très bien. Mais l’enjeu démocratique ne se limite pas à une question de comptabilité.

La vraie question est celle de l’égalité politique.

Combien de partis d’opposition peuvent aujourd’hui affréter un avion militaire pour organiser une tournée nationale ? Combien disposent d’un accès comparable aux infrastructures publiques ? Combien bénéficient de la même proximité avec les centres de décision administrative ? C’est là que réside le cœur du débat.

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