Société
(Tribune libre) 𝗠𝗲𝗱𝗼𝘂𝗻𝗲𝘂 𝗼𝘂 𝗹𝗮 𝗹𝗲ç𝗼𝗻 𝘃𝗲𝗻𝘂𝗲 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗳𝗿𝗼𝗻𝘁𝗶è𝗿𝗲 : 𝗽𝗼𝘂𝗿𝗾𝘂𝗼𝗶 𝗹𝗲 𝗛𝗮𝘂𝘁-𝗖𝗼𝗺𝗼 𝗻𝗲 𝗱𝗼𝗶𝘁 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝗿𝗲𝘀𝘁𝗲𝗿 𝗲𝗻𝗰𝗹𝗮𝘃é

𝘗𝘢𝘳 𝘌𝘭 𝘔𝘢𝘳𝘪𝘢𝘤𝘩𝘪 𝘗𝘢𝘵𝘳𝘪𝘤𝘪𝘰
Il arrive que l’histoire économique s’écrive là où personne ne l’attend. Depuis plusieurs semaines, Medouneu, petite ville frontalière du département du Haut-Como, est devenue le théâtre d’un phénomène révélateur : des dizaines de véhicules venus de Guinée équatoriale affluent quotidiennement vers la station Petro Gabon pour s’approvisionner en carburant. Une image qui résulte de la grave pénurie frappant la partie continentale de la Guinée équatoriale, mais qui raconte bien plus qu’une simple crise énergétique.
Cette scène est une démonstration grandeur nature de ce que les économistes appellent l’effet de la géographie sur le développement. Elle prouve qu’un territoire longtemps considéré comme périphérique peut devenir, du jour au lendemain, un espace économique stratégique lorsque les circonstances régionales évoluent.
À Medouneu, la crise est devenue une opportunité. Pour les automobilistes équato-guinéens, la ville représente aujourd’hui une bouée de secours. Pour le Gabon, elle révèle un potentiel économique longtemps sous-estimé.
La première leçon est claire : 𝐥𝐞 𝐝é𝐬𝐞𝐧𝐜𝐥𝐚𝐯𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐮 𝐇𝐚𝐮𝐭-𝐂𝐨𝐦𝐨 𝐧’𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐬𝐞𝐮𝐥𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐮𝐧𝐞 𝐫𝐞𝐯𝐞𝐧𝐝𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐥𝐨𝐜𝐚𝐥𝐞, 𝐜’𝐞𝐬𝐭 𝐝é𝐬𝐨𝐫𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐮𝐧𝐞 𝐧é𝐜𝐞𝐬𝐬𝐢𝐭é 𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥𝐞.
Comment expliquer qu’une ville située à seulement 𝟏𝟔𝟑 𝐤𝐢𝐥𝐨𝐦è𝐭𝐫𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐋𝐢𝐛𝐫𝐞𝐯𝐢𝐥𝐥𝐞, environ 𝟏𝟓𝟎 𝐤𝐢𝐥𝐨𝐦è𝐭𝐫𝐞𝐬 𝐝’𝐎𝐲𝐞𝐦, et pratiquement à égale distance de 𝐁𝐚𝐭𝐚 et 𝐎𝐲𝐚𝐥𝐚, demeure encore difficilement accessible par une route entièrement bitumée? Cette anomalie prive le Gabon d’un véritable levier de croissance à sa frontière nord.
Une route moderne ne servirait pas uniquement les populations du Haut-Como. Elle ferait de Medouneu une plateforme logistique incontournable entre le Gabon et la Guinée équatoriale, capable d’accueillir des stations-service, des entrepôts, des hôtels, des banques, des marchés de gros, des entreprises de transport et des unités de transformation. En d’autres termes, Medouneu pourrait devenir une 𝐳𝐨𝐧𝐞 𝐭𝐚𝐦𝐩𝐨𝐧 é𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭é𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞, au service des échanges entre les deux pays.
Les entreprises présentes sur place en donnent déjà un aperçu. La station PetroGabon connaît aujourd’hui une activité probablement bien supérieure aux projections établies lors de son implantation. Les ventes explosent sous l’effet de la demande transfrontalière. Le magasin #CECADO, du groupe #CECAGADIS, profite également de cette clientèle nouvelle, venue parfois effectuer d’autres achats au-delà du carburant.
Cette réalité rappelle une vérité économique souvent négligée : 𝐮𝐧𝐞 é𝐭𝐮𝐝𝐞 𝐝𝐞 𝐦𝐚𝐫𝐜𝐡é 𝐧’𝐞𝐬𝐭 𝐣𝐚𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐟𝐢𝐠é𝐞. Elle peut être remise en cause par les évolutions géopolitiques, les crises d’approvisionnement ou les nouvelles dynamiques régionales. Les modèles économiques doivent intégrer ces fluctuations, car les frontières sont aussi des espaces de transformation rapide.
Les entreprises équato-guinéennes en font également l’expérience. Les opérateurs #Santy et #MartinezyHermanos, présents à Akourenam, voient eux aussi leur environnement commercial évoluer sous l’effet des nouveaux flux de consommation.
Dans cette compétition, une évidence s’impose : 𝐥𝐚 𝐜𝐨𝐦𝐩é𝐭𝐢𝐭𝐢𝐯𝐢𝐭é 𝐧𝐞 𝐝𝐞𝐦𝐚𝐧𝐝𝐞 𝐩𝐚𝐬 𝐥𝐚 𝐩𝐞𝐫𝐦𝐢𝐬𝐬𝐢𝐨𝐧. Elle récompense les territoires qui savent offrir les meilleures conditions d’accès, de mobilité et de services.
C’est pourquoi cette situation devrait interpeller les autorités de Libreville comme celles de Malabo.
Le Gabon et la Guinée équatoriale appartiennent à la Commission CEMAC, une communauté fondée sur un principe essentiel : la libre circulation des personnes, des biens, des capitaux et des services. Pourtant, sur le terrain, les lenteurs administratives, les insuffisances d’infrastructures et certaines méfiances politiques freinent encore la pleine réalisation de cette ambition.
Les peuples, eux, montrent déjà le chemin. Chaque véhicule qui franchit aujourd’hui la frontière pour venir s’approvisionner à Medouneu est une preuve que les économies de nos pays sont complémentaires. Les commerçants, les transporteurs et les consommateurs vivent déjà cette intégration que les textes officiels peinent parfois à concrétiser.
Il appartient désormais aux dirigeants des deux États d’accélérer cette dynamique en investissant dans les infrastructures routières, en modernisant les postes frontaliers et en facilitant réellement les échanges économiques. Le Haut-Como ne demande pas un privilège. Il réclame simplement les moyens de valoriser un atout géographique exceptionnel que peu de départements possèdent en Afrique centrale.
Les crises révèlent souvent les territoires d’avenir. Celle que traverse aujourd’hui la Guinée équatoriale révèle surtout que Medouneu est appelée à devenir beaucoup plus qu’une ville frontalière : elle peut être demain l’un des principaux pôles économiques du nord du Gabon et un symbole vivant de l’intégration sous-régionale.
Le moment est venu de transformer cette opportunité en vision politique. Car l’avenir du Haut-Como ne se joue pas seulement sur une route ; il se joue sur la capacité de nos États à faire de leurs frontières non plus des lignes de séparation, mais des espaces de prospérité partagée.



