Les réseaux sociaux toujours suspendus : le député Jean Gaspard Ntoutoume Ayi tire à boulets rouges sur les défenseurs d’une décision inique

Cinq mois. Plus de cent cinquante jours. Une éternité à l’échelle du numérique. Au Gabon, les réseaux sociaux demeurent suspendus depuis le 17 février 2026, sans qu’une explication publique détaillée, des critères de rétablissement ou un calendrier de sortie n’aient été clairement présentés. Pendant ce temps, le pays donne l’impression d’avoir appuyé sur le bouton « pause » dans un monde qui, lui, continue d’avancer à la vitesse de la fibre optique.
Au milieu de ce silence numérique, une voix s’est élevée. Celle du député du deuxième siège de la commune d’Akanda, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, qui a publiquement dénoncé ce qu’il considère comme une contradiction de l’action publique : demander aux citoyens de renoncer aux réseaux sociaux alors que certaines institutions continuent d’y diffuser leurs messages.
La formule est mordante : « Honte à celles et ceux qui viennent défendre la suspension des réseaux sociaux… sur les réseaux sociaux. » Une phrase qui résume, à elle seule, le malaise d’une mesure dont l’application apparaît, aux yeux de nombreux observateurs, pour le moins paradoxale.
Car derrière le débat politique se cache une réalité économique rarement mise en avant. Les réseaux sociaux ne servent plus uniquement à publier des photographies ou des vidéos. Ils sont devenus des outils de travail. Des milliers de jeunes Gabonais y développent des activités commerciales, assurent la promotion de leurs services, vendent des produits, trouvent des clients ou créent du contenu rémunéré. Pour beaucoup, Facebook, Instagram, TikTok, WhatsApp ou X constituent désormais leur principal espace de visibilité et parfois leur unique source de revenus.
Suspendre durablement ces plateformes revient donc, pour ces acteurs de l’économie numérique, à fermer leur boutique sans préavis. Une entreprise privée ne survivrait pas cinq mois avec ses portes closes ; pourquoi les travailleurs du numérique y parviendraient-ils ?
Le plus surprenant reste sans doute le contraste entre les discours et les pratiques. Les autorités appellent régulièrement à encourager l’entrepreneuriat des jeunes, l’innovation, la transformation numérique et la diversification économique. Pourtant, l’un des principaux outils de cette économie reste neutralisé. Voilà un paradoxe qui mérite d’être discuté.
Le débat ne devrait d’ailleurs pas opposer sécurité publique et liberté numérique de manière caricaturale. Dans de nombreux pays, les autorités cherchent un équilibre entre prévention des abus en ligne et maintien des activités économiques et sociales. La question est donc moins de savoir s’il faut agir que de déterminer comment agir de façon proportionnée, transparente et compatible avec les objectifs de développement.
En prenant publiquement position, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi a replacé ce sujet dans l’espace du débat politique. Son intervention interpelle sur la cohérence des politiques publiques et sur les conséquences concrètes des décisions administratives pour les citoyens.
Au XXIᵉ siècle, un pays ne se mesure plus seulement à la qualité de ses routes ou de ses bâtiments administratifs. Il se mesure aussi à sa capacité à participer pleinement à l’économie numérique mondiale. Lorsqu’un État coupe durablement l’un des principaux canaux d’activité économique et de communication de ses citoyens, il ne suspend pas uniquement des applications ; il affecte des emplois, des entreprises naissantes, des créateurs de contenu, des commerçants, des étudiants et des familles.
La véritable question est désormais simple : combien de temps encore cette situation durera-t-elle, et quel sera le coût économique, social et technologique d’une telle parenthèse pour le Gabon ? Dans cette affaire, les réseaux sociaux sont silencieux. Mais les conséquences, elles, parlent déjà.



