Hommage au Dr Jean Emmanuel Ecke Nzengue : ‘’ Le cœur qui écoute ne meurt jamais. Il change seulement de demeure.’’

Il est des hommes dont la trace ne s’efface pas avec la mort, parce qu’ils ont appris à vivre juste, à servir sans bruit, à aimer sans posture. Le Dr Jean Emmanuel Ecke Nzengue appartenait à cette race rare. De ceux qui n’ont jamais confondu savoir et domination, autorité et arrogance, science et orgueil.
Il avait choisi d’écouter les cœurs. Pas seulement leurs rythmes biologiques, mais leurs fragilités silencieuses. Toute sa vie fut consacrée à cela : comprendre, réparer, accompagner. Et pourtant, dans un mystère que seul Dieu maîtrise, son propre cœur s’est arrêté loin de la terre qui l’avait vu servir, au terme d’un combat discret, porté sans plainte, sans exhibition, comme il avait vécu.
Je l’ai connu dans l’épreuve avant de le rencontrer dans la quiétude. Entre 2004 et 2006, alors que ma mère, hypertendue, devait affronter une intervention chirurgicale délicate pour des calculs biliaires, il fut cette présence qui apaise avant même de parler. Il ne promettait pas l’impossible, mais il rassurait par la vérité. Sa parole ne calmait pas seulement l’esprit : elle stabilisait l’âme.
Je lui avais confié qu’il portait le même patronyme que mon père. Il avait souri. Mais ce sourire n’était pas léger. Il ressemblait à une acceptation silencieuse, comme si ce lien nominal devenait pour lui un surcroît de responsabilité. À partir de là, il ne soignait plus seulement une patiente : il veillait sur une histoire, une famille, une confiance. C’est ainsi qu’il exerçait la médecine : comme un ministère.
Des années plus tard, en 2016, à la Baie des Tortues, je retrouvai cet homme, mais dans un autre décor. Loin des institutions, loin des titres, loin du tumulte. Là, j’ai vu sa vérité profonde. Un homme simple. Profond sans lourdeur. Spirituel sans discours religieux. Chaque échange était nourri, mais jamais professoral. Aucun ton ex cathedra. Aucun besoin de convaincre. Seulement l’évidence tranquille de celui qui sait et qui reste humble. Et cet humour fin, presque inattendu, comme une respiration dans la gravité du monde.
Médecin de référence, formateur, chercheur, bâtisseur silencieux de la cardiologie moderne au Gabon, disciple fidèle de ses maîtres, il avait compris que la science n’est grande que lorsqu’elle s’agenouille devant la vie. À l’hôpital, en cabinet, dans les missions institutionnelles les plus sensibles, il resta fidèle à une seule ligne : la rigueur sans dureté, l’autorité sans écrasement, le service sans calcul.
Il avait passé sa vie à ausculter les cœurs. Aujourd’hui, il se tient devant Celui qui sonde les profondeurs de l’être. Lui qui connaissait la fragilité humaine entre dans la plénitude promise. Lui qui rassurait entend désormais la voix qui rassure pour l’éternité.
Son départ est un appel. Un rappel prophétique : on peut être savant sans être hautain. Puissant sans être dur. Grand sans être bruyant.
Le cœur qui écoute ne meurt jamais. Il change seulement de demeure.
*LL*



