Société

Quand Oligui Nguema choisit le face-à-face avec les agents de la SEEG : le courage du dialogue direct

Libreville, le lundi 29 juin 2026. Il aurait pu convoquer un rapport, nommer une commission, ou laisser les ministres gérer. Il a choisi le terrain. En quittant ses bureaux pour la cour de la SEEG. Pendant près de trois heures, les agents de la SEEG sont venus exposer leurs difficultés alors que  Brice Clotaire Oligui Nguema a rompu avec la tradition des présidences lointaines. Un acte politique fort, où le courage consiste d’abord à écouter sans filtre.

Descendre dans l’arène au lieu de trancher d’en haut

Les délestages et les robinets à sec empoisonnent le quotidien des Gabonais depuis des années. Les causes sont connues : infrastructures vétustes, sous-investissement chronique, gouvernance défaillante. Face à ce dossier explosif, la tentation de l’évitement est grande.

Le président de la Transition a fait le choix inverse : ouvrir sa porte aux agents de la SEEG qui sollicitaient une rencontre. « Parfois, il suffit d’une réunion pour transformer une crise sociale en dialogue politique ». Durant près de trois heures, sans intermédiaire, il a pris le pouls de l’entreprise publique au contact de ceux qui la font tourner.

En affrontant directement la colère des agents, le président de la République a fait le choix de poser le doigt sur des   revendications et des dysfonctionnements internes. Ce qui demande plus de cran politique que de signer un décret depuis le Palais. C’est accepter d’être comptable, en temps réel, des décennies d’abandon du service public.

Le dialogue n’a pas été une séance de complaisance. Le chef de l’État a livré un diagnostic « sans circonstances atténuantes ». Pour lui, la crise ne relève pas « seulement » des équipements vétustes. Elle trouve aussi son origine dans des « comportements internes » qu’il a dénoncés avec fermeté.

Il a évoqué des « actes de sabotage » sur les réseaux d’eau et d’électricité qui _« relèveraient de responsabilités internes à l’entreprise »_, et pointé que « certains agents auraient intérêt au maintien des pénuries en raison d’activités lucratives liées à la vente d’eau ».

Nommer des dérives internes, c’est s’attaquer à des réseaux d’intérêts, prendre le risque de tensions sociales, et s’obliger à des suites. Ces déclarations « particulièrement graves » appellent désormais « des enquêtes approfondies et des poursuites judiciaires », en plus d’un profond réaménagement de la SEEG.

Les attentes des gabonais

Depuis des années, les Gabonais entendent que « les coupures sont dues aux équipements vétustes, au manque d’investissements, aux aléas techniques ». Ce discours a épuisé sa crédibilité. En posant la question de la responsabilité humaine, Oligui Nguema change de méthode.

 L’objectif : réconcilier les Gabonais avec leur service public

En initiant ce face-à-face, Brice Clotaire Oligui Nguema prend un pari : celui de la transparence comme premier pas vers la confiance. Il endosse le dossier SEEG à visage découvert. Si les enquêtes confirment les sabotages, il devra sanctionner. Si les investissements suivent, il devra livrer.

Le véritable procès n’est pas celui des agents devant le président. C’est celui d’un service public qui, depuis trop longtemps, met à l’épreuve la patience des Gabonais. » En acceptant d’instruire ce procès à ciel ouvert, le chef de l’État montre que le courage en politique, c’est parfois simplement d’avoir le courage de la vérité.

 

 

 

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