Albert Ondo Ossa, lors d'un meeting dans la ville de Tchibanga en 2023.
Il y a des régimes qui gouvernent. D’autres qui communiquent. Et puis il y a ceux qui s’endettent en parlant fort, persuadés que le vacarme finira par couvrir le bruit sourd des chiffres. Problème : la dette publique n’a pas d’oreilles, mais elle a une mémoire. Et Albert Ondo Ossa, lui, a une calculatrice.
Depuis le coup d’État du 30 août 2023, le nouveau catéchisme officiel est connu : Ali Bongo aurait laissé un pays exsangue, ruiné, surendetté, bon pour la fosse commune financière. Une fable répétée jusqu’à l’écœurement, comme si la répétition pouvait remplacer la preuve. Raté.
Le “pays ruiné” qui respectait les normes… quelle inconvenance !
Le professeur Ondo Ossa a commis un crime impardonnable : il a regardé les chiffres. Pire encore, il a osé les comparer aux normes communautaires de la CEMAC. Sacrilège suprême. Rappel pour gouvernants distraits. Seuil d’endettement autorisé : 70 % du PIB et Dette du Gabon en 2022 : 52 % Dette en 2023 : 53 %.
Autrement dit, un pays dans les normes, pas dans l’abîme. Mais ça, évidemment, c’est mauvais pour la narration héroïque de la transition sauveuse. Alors Ondo Ossa tranche, net, sans poésie. « Le Gabon n’était pas surendetté. » Une phrase simple. Trop simple. Donc insupportable.
La Vème République : l’art de transformer une norme en hors-jeu
Là où l’histoire devient franchement grotesque, c’est après. En moins de deux ans, la dette gabonaise fait ce que même les régimes les plus dépensiers n’avaient pas réussi : pulvériser le plafond communautaire à coups d’emprunts compulsifs. 71 % du PIB en 2024, 73 % en 2025 et 78 % projetés en 2026 Une performance digne d’un concours Lépine de la dette express. Le tout, bien sûr, au nom de la “rupture”.
Ondo Ossa, toujours aussi peu diplomate, résume. « Le surendettement, ce sont les putschistes qui l’ont amené. » Traduction économique : vous avez hérité d’une maison habitable et vous l’avez hypothéquée jusqu’au toit. S’endetter cher, vite et mal, la trilogie du génie budgétaire. Mais attention, il ne s’agit pas seulement de combien on emprunte. Il s’agit de comment.
Selon l’économiste, la transition a découvert une passion nouvelle, les emprunts à taux prohibitifs, les circuits non concessionnels et l’argent cher, rapide, dangereux. En clair, l’État gabonais emprunte comme un ménage désespéré… mais avec la carte bancaire des générations futures. Ondo Ossa ironise à peine : on se croirait au marché Mont-Bouët de la dette, version finances publiques. Pas de stratégie, pas de vision, juste de quoi payer la communication et repousser l’addition.
Le Trésor public en balade et l’État en roue libre
Et pendant ce temps, le Trésor public joue à cache-cache. Délocalisé, privatisé dans l’esprit sinon dans le droit, au point que la frontière entre argent public et gestion privée devient floue, très floue. Question simple, presque naïve du professeur. « Est-ce normal que les comptes publics deviennent des comptes privés ? » Dans un pays normal, la question ferait tomber un ministre. Ici, elle provoque un silence gêné… suivi d’un communiqué.
La dette par procuration, quand la propagande remplace le droit. Autre escroquerie intellectuelle : faire croire que des individus sans signature légale auraient endetté l’État. Là encore, Ondo Ossa rappelle l’évidence que même un étudiant en L1 comprend un État ne s’endette pas par rumeur, une dette se signe et par le président ou le Premier ministre.
Ondo Ossa dérange parce qu’il ne ment pas assez
Le reste, c’est du roman politique pour militants fatigués. Résultat final de cette gestion “révolutionnaire” le Gabon retourne, tête basse, frapper à la porte du FMI. Ironie absolue, on nous promettait la souveraineté, on récolte la tutelle et on criait “rupture”, on prépare l’austérité.
Albert Ondo Ossa n’est pas infaillible. Il n’a pas toujours raison. Mais dans ce débat précis, une chose est claire : il dit ce que les chiffres disent, et les chiffres, eux, n’ont pas besoin d’un treillis pour être crédibles. La Vème République peut continuer à parler fort. La dette, elle, continuera de grimper en silence. Et comme dirait le Canard, version gabonaise, on peut renverser un régime, pas les pourcentages.
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