Le Gabon surgit dans les dossiers d'une affaire trouble. Crédit photo Gabonreview.
Dans la grande brocante mondiale des scandales, l’affaire Epstein continue de faire recette. Chaque nouvelle salve d’archives provoque son lot de sueurs froides, de noms exhumés à la pelleteuse et de réputations passées au Kärcher médiatique. Dernière victime collatérale du grand déballage : le Gabon. Oui, le Gabon. Pas pour un procès, pas pour une mise en examen, mais pour une mention. Et dans l’univers d’Epstein, une mention suffit parfois à déclencher un incendie.
Alors, que trouve-t-on réellement dans ces fameux documents ? Un scandale d’État ? Une diplomatie lubrique ? Ou, plus prosaïquement, un cocktail classique de fantasmes, de chiffres gonflés et de zones grises bien pratiques ?
Epstein, l’homme qui voyageait léger… juridiquement
Retour en juin 2011. Jeffrey Epstein, déjà condamné en 2008 pour une affaire impliquant une mineure mais toujours étonnamment fréquentable écrit au Département d’État américain. Il demande un second passeport, arguant que ses affaires exigent une gymnastique diplomatique intense : visas multiples, déplacements express, continents avalés à la vitesse d’un Falcon privé.
Dans la liste de ses futures escales africaines, le Gabon apparaît noir sur blanc. Scandale ? Pas vraiment. À l’époque, la loi américaine n’interdit pas encore à un délinquant sexuel de faire le tour du monde en business class. Le verrou ne sera posé qu’en 2016, avec la loi Megan. En clair : Epstein profite d’un trou dans la raquette juridique, pas d’un tapis rouge gabonais. Mais sur les réseaux sociaux, la nuance est rarement invitée à la fête.
Un “Bongo” dans un mail, et voilà la machine à soupçons emballée
Autre pièce à conviction brandie comme une grenade dégoupillée : un courriel attribué à Epstein, évoquant d’éventuelles rencontres politiques en Afrique centrale. Parmi les noms cités, un certain “Bongo”. Aussitôt, les raccourcis s’enchaînent plus vite qu’un virement offshore. Ali Bongo Ondimba, président du Gabon de 2009 à 2023, est-il concerné ?
Probablement dans l’esprit d’Epstein. Factuellement ? Aucune preuve de rencontre, aucun lien établi, aucun agenda confirmé. On est ici dans le registre du “j’en parle donc ça existe”, spécialité maison de bien des escrocs de haut vol. Epstein était passé maître dans l’art d’agiter des noms puissants comme des cartes de visite imaginaires. Cela impressionne les naïfs, rassure les investisseurs douteux… et ne prouve strictement rien.
265 mentions du Gabon : le chiffre qui affole, puis s’écroule. Le nombre circule comme une rumeur de marché noir : 265 occurrences du mot “Gabon” dans les fichiers Epstein. À ce stade, certains ont déjà sorti les fourches. Problème : ce chiffre est un mirage statistique. Il englobe des répétitions automatiques, des métadonnées, des copies de documents et des listes techniques. Une fois le tri effectué, le soufflé retombe : deux éléments réellement exploitables, pas un de plus. Mais dans le tribunal de l’opinion publique, la quantité vaut souvent condamnation, surtout quand la précision ennuie.
Afrique : terrain de jeu des influenceurs… au sens sale
Il faut aussi rappeler que Jeffrey Epstein nourrissait un intérêt marqué pour l’Afrique de l’Ouest et centrale. Pas pour ses plages, mais pour ses zones de faible transparence, où se croisent sécurité privée, technologies sensibles, contrats flous et dirigeants pressés d’attirer des “investisseurs”.
Il a été actif notamment en Côte d’Ivoire, jouant les intermédiaires entre experts autoproclamés et décideurs en quête de solutions miracles. Le Gabon, pays stratégiquement stable et diplomatiquement courtisé, entrait naturellement dans ce radar, sans pour autant y jouer un rôle central. Là encore : intérêt n’est pas implication.
Conclusion : un nom dans les archives, pas un crime dans le dossier
Résumons sans trembler, aucune implication du Gabon dans les crimes sexuels d’Epstein, aucune preuve judiciaire liant un dirigeant gabonais à l’homme d’affaires déchu et des mentions périphériques, révélatrices d’un écosystème trouble où argent, influence et pouvoir se frôlent sans toujours se salir officiellement
L’affaire Epstein agit comme un révélateur cruel : elle montre moins ce que les États ont fait que ce qu’ils ont laissé possible. Et dans ce grand théâtre d’ombres, même les pays simplement cités deviennent suspects par contamination. Moralité ? Dans le monde d’Epstein, ne pas être coupable n’empêche pas d’être éclaboussé. Mais confondre éclaboussure et noyade reste un sport dangereux surtout quand l’indignation remplace l’enquête.
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