Bosch Capital réclame 185 milliards au Gabon : Libreville répond « circulez, il n’y a rien à payer ! »
Voilà une affaire qui risque de faire tousser jusque dans les salons feutrés de la finance internationale. Un fonds sud-africain, Bosch Capital, aurait demandé au Gabon de sortir le carnet de chèques pour régler une créance de plus de 330 millions de dollars, soit environ 185 milliards de FCFA.
Une addition particulièrement salée, adressée non pas au petit restaurant du coin, mais à l’État gabonais. Le courrier aurait été transmis à la représentation diplomatique gabonaise en Angleterre, avec une date butoir fixée au 3 septembre 2026. Passé ce délai, Bosch Capital menacerait d’alerter différents acteurs du système financier international. Autrement dit : « Payez ou nous faisons sonner le téléphone de la finance mondiale. »
Mais Libreville n’a manifestement pas l’intention de trembler devant le calendrier du fonds sud-africain. Dans une déclaration lue le 30 août par le porte-parole du gouvernement, le professeur Edgard Mombo, les autorités gabonaises ont rejeté les prétentions de Bosch Capital. Selon le gouvernement, les documents produits ne seraient pas des billets à ordre immédiatement exigibles, mais de simples promesses de paiement liées à un différend déjà soumis à l’arbitrage. Et voilà que levocabulaire juridique vient sauver le Trésor public d’un très mauvais lundi matin.
Car entre une promesse de paiement et un titre de créance exécutoire, il y aurait, juridiquement, un monde. Et surtout, 185 milliards de FCFA. Une dette qui change de propriétaire… mais pas forcément de réalité. L’affaire devient encore plus savoureuse lorsque l’on remonte à l’origine de la créance revendiquée. Bosch Capital affirme avoir acquis ses droits auprès de Paramount Logistics Corporation Limited. Or, selon la version présentée par les autorités gabonaises, cette société aurait déjà perdu son bras de fer judiciaire avec Libreville.
La Cour de justice de Londres aurait ainsi rendu, le 6 février 2026, une décision déboutant Paramount Logistics Corporation de l’ensemble de ses prétentions et condamnant même la société à verser 110 000 euros au Gabon. Voilà donc une situation pour le moins cocasse : une entreprise qui aurait été déboutée dans une procédure pourrait, par le mécanisme d »une cession, voir apparaître derrière elleun nouveau créancier réclamant au Gabon une somme astronomique. La créance aurait changé de
mains. Mais, visiblement, Libreville demande surtout à voir où est passée la créance elle-même.
Le montant réclamé est suffisamment spectaculaire pour provoquer quelques calculs vertigineux. D’un côté, une condamnation favorable au Gabon portant sur environ 110 000 euros. De l’autre, une revendication avoisinant les 330 millions de dollars. La différence n’est pas une virgule mal placée. Elle est monumentale. Le gouvernement estime ainsi que les prétentions de Bosch Capital ne reposeraient pas sur une créance juridiquement exigible.
En clair : Libreville refuse de transformer une promesse contestée en chèque public. Et c’est probablement là que commence le véritable bras de fer. Car derrière les mots « créance », « cession », « arbitrage », « promesse de paiement » et « titre exécutoire », il y a une question beaucoup plus simple : Qui doit réellement quoi à qui ? Une question élémentaire, mais qui, dans le monde merveilleux de la finance internationale, peut parfois nécessiter des armées d’avocats, des arbitrages, des juridictions étrangères et quelques tonnes de papier.
Le Gabon ne veut plus être le distributeur automatique de la République. Le gouvernement gabonais affirme qu’il utilisera toutes les voies de droit disponibles pour défendre les intérêts financiers de l’État. Après des années durant lesquelles les finances publiques ont souvent été présentées comme un terrain fertile pour toutes sortes de montages, de contrats et de créances plus ou moins lisibles, le message de Libreville se veut désormais clair : les caisses publiques ne sont pas un distributeur automatique.
Encore faut-il que cette fermeté juridique soit accompagnée d’une transparence à toute épreuve. Car si l’État entend protéger les ressources publiques, il doit également expliquer aux citoyens, documents à l’appui, comment une créance aussi considérable a pu être revendiquée contre le Gabon, d’où elle provient, quels engagements antérieurs ont été signés et dans quelles conditions ils l’ont été. La protection des deniers publics ne peut pas seulement être une affaire d’avocats. Elle doit aussi être une affaire de vérité publique.
Le 3 septembre approche Bosch Capital aurait fixé au gouvernement gabonais l’échéance du 3 septembre 2026. Le compte à rebours est donc lancé. Mais contrairement aux films policiers, ce n’est pas nécessairement celui qui
envoie la dernière lettre recommandée qui gagne. Cette fois, la bataille pourrait se jouer devant les juridictions compétentes, dans les salles d’arbitrage et sur le terrain des preuves
.Et là, les communiqués de presse ne suffiront plus. Il faudra sortir les contrats, les décisions judiciaires, les actes de cession, les engagements financiers et les fameux documents que chacun interprète à sa manière. Car une chose est certaine : 185 milliards de FCFA, ce n’est pas une petite erreur de caisse. Pour un pays qui cherche à restaurer la crédibilité de sa gestion publique, l’affaire Bosch Capital constitue donc un test grandeur nature.
Le Gabon devra démontrer qu’il sait défendre ses intérêts. Bosch Capital devra, de son côté, démontrer que sa créance est juridiquement fondée.Et entre les deux, il y a un arbitre particulièrement précieux : le droit. Quant aux 185 milliards, pour l’instant, ils semblent avoir trouvé leur domicile préféré : le contentieux. Et si la somme devait finalement rester virtuelle, on pourra toujours inscrire 185 milliards dans la colonne des dépenses évitées. À condition, évidemment, que personne ne découvre demain un nouveau papier signé quelque part. Parce qu’au Gabon, comme ailleurs, le diable ne se cache pas toujours dans les détails : parfois, il se cache dans les pièces jointes.



