( Tribune libre) Remaniement gouvernemental : A l’heure des comptes, à l’heure des choix
(Par Étienne MAKOUNGOU, Penseur Libre de Lowa)
Le 30 août 2023 restera dans les mémoires comme une date de rupture, un « coup de la libération » qui a balayé un ordre ancien.Alors que les commémorations résonnent encore et qu’un nouveau gouvernement se prépare à entrer en scène, une interrogation fondamentale traverse l’âme de la nation : que restera-t-il du passage de ceux qui nous ont gouvernés, et que laisseront ceux qui s’apprêtent à prendre la relève ?
Que la réponse soit claire et brutale, comme un rappel à l’ordre pour tous les ambitieux : le pouvoir n’est ni un trône ni une propriété. Il n’est pas une couronne que l’on porte pour éblouir, ni un bien que l’on accumule pour sa propre gloire.
Nombreux sont ceux qui, hier encore, confondaient leur fauteuil ministériel avec un piédestal, leurs privilèges avec une légitimité, leur fonction avec une fin en soi. Ils ont ouvert des portes, mais fermé leurs oreilles aux cris du peuple. Ils ont compté les véhicules de leur cabinet, mais perdu le compte des injustices non corrigées. Leur grandeur était de façade, leur héritage, un vide.
Mais la leçon est plus dure encore pour ceux qui, demain, recevront l’appel. Qu’ils écoutent, avant de s’asseoir dans les fauteuils du pouvoir, la légende d’Alexandre le Grand.
À l’agonie, le conquérant du monde donna trois ordres pour son propre enterrement : que son cercueil soit porté par les meilleurs médecins, pour prouver que la science humaine est impuissante face à la mort ; que ses trésors soient jetés sur le chemin de sa tombe, pour attester que les richesses restent à la terre ; que ses mains soient visibles, hors du cercueil, pour hurler à jamais cette vérité que l’homme arrive les mains vides et s’en va les mains vides.
À ceux qui partent, souvent amers ou humiliés par une non-reconduction, cette histoire doit arracher le masque de l’orgueil. Quitter une charge n’est pas une fin du monde, c’est un retour à l’essentiel : l’État demeure, les citoyens demeurent, les dettes de service demeurent.
La dignité d’un responsable ne se mesure pas à la durée de son mandat, mais à sa capacité à rendre des comptes, à transmettre un flambeau sans en vouloir le prestige, et à s’effacer avec la sérénité de celui qui a bien servi.
À ceux qui arrivent, elle doit être une mise en garde solennelle. Être appelé au gouvernement n’est pas un droit de surplomber les Gabonais, c’est un fardeau qu’on accepte en baissant la tête. Servir avant de se servir. Écouter avant de décider. Rendre des comptes, non pas en exiger.
Le bureau ministériel n’est pas un trône, c’est un établi où l’on travaille dans la sueur de la responsabilité pour répondre aux urgences d’un peuple fatigué.Le 30 août ne conservera sa portée historique que si l’esprit de rupture annoncé se traduit dans les actes.
Il ne suffit pas de changer les visages ; il faut éradiquer l’arrogance administrative, le mépris du citoyen, ces barrières invisibles mais infranchissables que certains érigent entre eux et ceux qu’ils sont censés protéger. Il faut brûler l’idée toxique qu’une nomination place un homme au-dessus de la loi ou à l’abri de la critique.
La leçon d’Alexandre est universelle et intemporelle : les fonctions passent, les richesses s’évaporent, les honneurs s’effacent. Seule survit la trace laissée dans la conscience collective. Gouverner avec humilité, servir avec loyauté, traiter chaque Gabonais avec la dignité qu’on exige pour soi-même : voilà la seule grandeur qui mérite d’être retenue.
Voilà le seul héritage qui fera du 30 août une véritable libération, et non un simple changement d’étiquettes. Le Gabon regarde ses nouveaux dirigeants. Il ne leur demande ni des promesses, ni des postures. Il leur demande de se souvenir, chaque matin, que leurs mains, elles aussi, seront un jour visibles hors du cercueil.
Qu’elles soient alors pleines d’actes justes, et non vides de sens.



