Société

Litige foncier à Port-Gentil :  Mme  Marinette Malamba remporte son procès face à l’ex procureur général Eddy Narcisse Minang, le parquet refuse de faire appliquer la décision contre leur collègue 

Sur le papier, la loi est la même pour tous, mais sur le terrain, son application se heurte parfois à la notoriété des mis en cause. L’affaire de la parcelle n°52 (section NE) de Port-Gentil offre une illustration saisissante de ce décalage.

Spoliée de son terrain au profit d’Eddy Narcisse Minang, magistrat et ancien Procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville, Marinette Malamba pensait avoir fait le plus dur en obtenant l’annulation judiciaire des actes de l’Agence nationale de l’urbanisme, des travaux topographiques et du cadastre (Anuttc). C’était sans compter sur les verrous invisibles qui bloquent le passage des tribunaux aux actes.

Face à l’impossibilité de jouir de son bien, la propriétaire a porté l’affaire au sommet de l’État en saisissant le 25 juin 2026 le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Augustin Emane. La réaction administrative ne s’est pas fait attendre. Par la plume de Jacques Lebama, Secrétaire général de la Chancellerie, le ministère accuse réception d’une « demande d’intervention urgente face à une inexécution de décision de justice et à un déni de droit » portant sur le litige opposant la plaignante au haut magistrat. La position de la Chancellerie est sans équivoque : « En réponse, il [le ministre] a constaté que vous êtes bénéficiaire de décisions de justice qui vous sont favorables ».

Bien que le cadre institutionnel soit rappelé, le ministère indique à la requérante la marche à suivre: « Dans ce contexte, eu égard au principe de la séparation des pouvoirs, il vous recommande de recourir, au besoin avec l’assistance d’un avocat, aux voies de droit appropriées pour faire exécuter les décisions de justice que vous avez obtenues contre votre antagoniste afin de jouir pleinement des droits qui vous sont reconnus ». Ce rappel des règles n’a pourtant pas simplifié les démarches de Marinette Malamba, qui rapporte s’être heurtée à une hésitation généralisée chez les professionnels du droit, beaucoup préférant se débiner à la simple lecture du nom de son adversaire.

Le dossier a fini par évoluer lorsque Maître Nkolo, huissier de justice installé à Port-Gentil, a accepté de prêter son concours. La tentative de constatation sur le site s’est toutefois soldée par une fin de non-recevoir : le clerc envoyé pour inventorier les bâtisses édifiées sur la parcelle par Sieur Ali Baraka (l’acquéreur qui avait racheté le terrain à Eddy Minang)s’est vu refuser l’accès par le gardien des lieux, malgré l’exhibition des décisions de justice. Le représentant de l’étude n’a ainsi pas pu approcher les habitations de la concession ni interroger les occupants qui s’y sont installés.

Prenant acte de cet empêchement, Maître Nkolo a consigné les faits dans un procès-verbal. L’huissier affirme dans la foulée avoir saisi le procureur de la République pour obtenir la réquisition de la Force publique, préalable indispensable à l’exécution de la décision définitive. Plus d’une semaine après cette saisine déclarée par l’officier ministériel, aucune intervention n’a encore eu lieu. Le dossier reste en suspens, testant la capacité de l’appareil judiciaire à faire exécuter ses propres arrêts lorsqu’ils visent l’un de ses pairs.

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