Politique

Pénurie de Gasoil : le communiqué de la honte, deux jours de calvaire pour une feuille de papier qui avoue l’amateurisme

Il aura fallu deux jours de files interminables, de taxis à l’arrêt, d’élèves en retard et de colère populaire pour que le Ministère du Pétrole et du Gaz daigne enfin parler. Et quand il parle, c’est pour confirmer ce que tout le monde redoutait : le pays est géré à vue, sans prévision, sans coordination et avec un amateurisme confondant.

Le communiqué est tombé ce vendredi 3 octobre 2026. Intitulé « Approvisionnement en carburant : un retour progressif à la normale attendu à compter de dimanche », il est signé du Ministère du Pétrole et du Gaz, Clotaire Kondja. Traduction en langage clair de ce jargon administratif : pendant 48 heures, Libreville a été à sec et personne n’avait prévu le coup.

Lisons bien ce que le Ministère avoue lui-même :  « une tension temporaire est actuellement observée […] consécutive à une diminution des stocks disponibles au niveau des marketeurs. » En français facile : les marketeurs n’ont plus de stock. Comment est-ce possible dans un pays producteur de pétrole ? Où est le plan de prévision ? Où est le stock de sécurité que la SGEPP, la Société Gabonaise d’Entreposage des Produits Pétroliers, est censée gérer ? À quoi sert la SOGARA si on doit attendre un navire d’importation pour faire rouler Libreville ?

C’est là que l’incompétence éclate au grand jour.  L’incompétence du Ministre du Pétrole : son rôle est d’anticiper. Un ministre ne constate pas une pénurie, il la prévient. Il n’y a eu aucune alerte, aucune mesure préventive. On a laissé les cuves se vider jusqu’à la dernière goutte.

L’échec de la SOGARA et de la SGEPP :  deux entités sous tutelle qui sont censées travailler en chaîne. La SOGARA raffine, la SGEPP stocke. Or, le communiqué nous dit que pour « assurer la continuité », on a dû puiser dans les quantités de la SGEPP pour les donner aux marketeurs. C’est la preuve qu’il n’y a aucune coordination permanente. On gère en mode pompier.

L’absence totale de plan de prévision :* Le clou du spectacle est cette phrase :   « des mesures de rationnement temporaire […] jusqu’à l’arrivée d’un navire d’importation prévue dans la soirée du samedi 3 octobre 2026. »

Donc, le Gabon, producteur de pétrole, attend un bateau venant de l’extérieur pour ne pas être paralysé ! Où est la souveraineté énergétique ? Où est le plan B ? On importe parce que notre propre raffinerie et notre propre système de stockage sont incapables de couvrir 3 jours de consommation de la capitale.

Un communiqué qui insulte les gabonais

Le pire est dans le ton. Après deux jours de calvaire, le Ministère « remercie la population pour sa compréhension durant cette période de régulation temporaire de la distribution. » Il n’y a pas eu de « régulation temporaire ». Il y a eu une pénurie. Une rupture. Un blocage. Appeler ça « régulation » c’est prendre les Gabonais pour des imbéciles.

On restreint les automobilistes à 5.000 FCFA à Nzeng-Ayong, on bloque tout un pays, et on ose parler de « retour progressif à la normale à compter du dimanche 4 octobre 2026 » comme si c’était un exploit. Ce communiqué, deux jours trop tard, n’est pas une solution. C’est une pièce à conviction. La preuve écrite que le secteur pétrolier gabonais est géré par des amateurs qui ne savent ni prévoir, ni coordonner, ni communiquer en temps de crise.

Monsieur le Ministre, les Gabonais ne veulent pas de votre communiqué. Ils veulent du gasoil. Et surtout, ils veulent des responsables compétents.

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