Politique

IIIe sommet Russie-Afrique à Moscou : rendez-vous à haut risque sous la menace des drones

Il devait être le sommet de la concrétisation. Les 28 et 29 octobre 2026, Moscou accueillera au Gostiny Dvor le 3e Sommet Russie-Afrique et son Forum économique et humanitaire. Mais à un mois de l’échéance, le ciel de la capitale russe s’embrase. La recrudescence des attaques de drones ukrainiens fait planer une menace directe sur la sécurité des délégations africaines attendues. Le voyage en vaut-il le risque?

Le décor est planté. Après Sotchi 2019 et Saint-Pétersbourg 2023, Vladimir Poutine veut passer « des déclarations aux projets concrets ». Au programme : commerce, investissements, nucléaire civil, systèmes de paiement indépendants, sécurité alimentaire, IA. Un nouveau Plan d’action 2027-2029 doit être adopté.

Le Gabon, lui, se prépare activement. Le Vice-président du Gouvernement, Hermann Immongault, mandaté par le Président Brice Clotaire Oligui Nguema, a présidé le 23 septembre une réunion interministérielle pour fixer la feuille de route : sécurité, agriculture, transformation numérique, cybersécurité.

Mais sur le terrain, une autre réalité s’impose : Moscou est devenue une zone de guerre aérienne. Les chiffres donnent le vertige et inquiètent les chancelleries africaines. En septembre 2026, la région de Moscou a fait l’objet de vagues de drones sans précédent. Plus de 2 000 appareils ont été détectés à la mi-septembre. Et dans la nuit du 19 au 20 septembre, une attaque massive a impliqué environ 450 drones interceptés près de la capitale selon les autorités locales.

Le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, l’a lui-même reconnu : la capitale a subi la plus importante attaque de drones ukrainiens jamais enregistrée, avec plus de 1 600 drones abattus depuis le samedi 19 septembre, dont 450 visant directement Moscou. Bilan : 2 à 3 morts, une raffinerie de Gazprom Neft en feu à Kapotnia, 400 personnes évacuées d’un immeuble à Ramenskoïe, 150 à 450 vols annulés ou reportés à Cheremetievo.

Ce n’est plus un incident isolé. C’est une campagne systématique qui vise le cœur énergétique et logistique de la Russie. Ces offensives affectent directement les trois grands aéroports de Moscou : Cheremetievo, Vnoukovo et Domodedovo. Fermetures temporaires, déroutements, brouillage GPS.

Le signal d’alarme est venu d’Afrique même : début septembre, Air Tanzania a suspendu ses vols Dar es Salaam – Moscou à compter du 4 septembre, invoquant une évaluation des risques, avant de les rétablir le 7 dans la confusion totale.

Plus grave : l’Agence européenne pour la sécurité aérienne (EASA) déconseille désormais aux compagnies de voler dans l’espace aérien russe à l’ouest du 60e méridien, incluant Moscou, jusqu’au 31 janvier 2027. Motif : risque qu’un avion civil soit pris pour cible militaire et activation imprévisible des défenses antiaériennes.

Comment garantir la sécurité de plus de 30 chefs d’État africains dans ces conditions? Quel plan d’évacuation? Quelle assurance pour les délégations?

Pour Moscou, ce sommet est crucial pour montrer qu’elle n’est pas isolée. Pour l’Afrique, c’est l’occasion de négocier du concret : usines, transfert de technologie, comme l’exige déjà l’Algérie qui veut faire passer ses échanges de 1,7 à 10 milliards de dollars.

Mais le fossé entre les promesses et la réalité est immense. Les échanges Russie-Afrique restent faibles. Et aujourd’hui, c’est la sécurité physique des participants qui est en jeu.

Le 3e Sommet Russie-Afrique ne sera pas seulement un test diplomatique. Il sera un test de crédibilité sécuritaire pour la Russie. Si Moscou ne peut pas sécuriser son propre ciel, comment peut-elle prétendre sécuriser des partenariats stratégiques avec l’Afrique?

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