Politique

560 millions détournés à l’Education nationale : Camélia Ntoutoume, la ministre fantôme qui prétend n’avoir rien vu

Il y a des silences qui protègent. Et il y a des silences qui accusent. Dans l’affaire des 560 millions de FCFA qui secoue aujourd’hui le ministère de l’Éducation nationale, la ministre d’État, Camélia Ntoutoume Leclercq devient chaque jour plus lourd à porter politiquement. Car enfin, de qui se moque-t-on ?

Depuis plusieurs jours, les agents de la Direction centrale des Affaires financières arrêtés dans cette affaire répètent la même chose : les opérations incriminées ne seraient pas nées dans le cerveau d’agents isolés travaillant dans une cave obscure du ministère. Elles se seraient inscrites dans un processus administratif remontant jusqu’au sommet. Les intéressés affirment avoir parlé. Ils affirment avoir alerté. Ils affirment avoir soumis le problème à leur hiérarchie.

Ils affirment avoir produit des documents. Ils affirment que les enquêteurs disposent désormais des pièces nécessaires pour comprendre comment les décisions ont été prises. Si tout cela est faux, pourquoi personne ne le démonte publiquement ? Si tout cela est vrai, pourquoi la responsabilité politique semble-t-elle toujours s’arrêter au dernier échelon de la chaîne ?

LE MINISTÈRE FANTÔME

Au Gabon, chaque scandale produit le même miracle administratif. Lorsque les résultats sont bons, les ministres sont aux premières loges. Lorsque les rubans sont coupés, les ministres sont devant les caméras. Lorsque les inaugurations se multiplient, les ministres revendiquent chaque réalisation. Mais lorsque les enquêtes judiciaires frappent à la porte, les ministères deviennent soudainement des territoires sans pilote. Plus personne n’a rien vu. Plus personne n’a rien entendu. Plus personne n’a rien signé. Plus personne n’a rien validé.

Plus personne n’est responsable. L’argent circule. Les procédures avancent. Les décisions sont prises. Les fonds changent d’affectation. Mais les responsables disparaissent mystérieusement du paysage. Une étrange conception de l’autorité.

LES PETITS PAYENT, LES CHEFS REGARDENT

Dans les salles de classe, chez les enseignants et dans les syndicats, le sentiment est brutal. « Quand un enseignant commet une faute administrative, il est immédiatement sanctionné. Quand un chef d’établissement commet une erreur, il est convoqué. Quand des centaines de millions sont au cœur d’une enquête, soudain tout le monde devient amnésique », ironise un syndicaliste du secteur.

Un autre responsable syndical est encore plus sévère : « Depuis des années, on nous parle de rigueur, de discipline budgétaire et de bonne gouvernance. Aujourd’hui, les Gabonais veulent savoir si ces principes s’appliquent aussi aux sommets de l’administration. » Une question qui dérange. Une question qui fâche. Une question qui attend toujours une réponse.

LE SILENCE N’EST PLUS UNE STRATÉGIE

Le véritable problème n’est plus seulement judiciaire. Il est politique. Chaque jour qui passe sans explication officielle fragilise davantage la crédibilité du ministère. Chaque jour qui passe laisse le champ libre aux interrogations. Chaque jour qui passe nourrit l’impression que l’administration cherche davantage à gagner du temps qu’à éclairer l’opinion.

Or, un ministère de l’Éducation nationale n’est pas une propriété privée. C’est une institution publique. Financée par les contribuables. Au service des familles. Au service des élèves. Au service de la République. Les citoyens ont donc le droit de savoir. Le droit de comprendre. Le droit d’obtenir des explications.

L’HEURE DE VÉRITÉ

La justice établira les responsabilités pénales. C’est son rôle. Mais la responsabilité politique, elle, ne peut pas attendre éternellement les conclusions d’un tribunal. La vraie question est désormais simple : Comment une ministre peut-elle continuer à gouverner sereinement lorsque ses propres collaborateurs soutiennent que les décisions contestées ont été prises dans un cadre connu de la hiérarchie ? Comment peut-elle espérer convaincre l’opinion sans fournir sa version des faits ?

Comment peut-elle défendre l’autorité de l’État lorsque le doute s’installe au sommet même de son administration ? L’affaire des 560 millions de FCFA est en train de dépasser le cadre d’un simple dossier financier.

Elle pose une question fondamentale pour la gouvernance publique gabonaise : dans la République de la responsabilité proclamée, existe-t-il encore des responsables politiques prêts à répondre de ce qui se passe sous leur autorité ?

C’est désormais à Camélia Ntoutoume Leclercq d’apporter une réponse. Et plus le silence dure, plus la question devient embarrassante.

 

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