Société

5 000 enseignants manquent dans les écoles : le naufrage de l’école gabonaise !

Vendredi 22 mai 2026. Plateau de télévision parfaitement éclairé. Décor républicain impeccable. Slides colorés. Chiffres soigneusement alignés. Sourires maîtrisés. Pendant près d’une heure, Camélia Ntoutoume Leclercq a tenté de vendre aux Gabonais le récit d’une école en reconstruction. Mais derrière cette mise en scène ministérielle se cache une vérité brutale : l’école gabonaise est en état d’urgence absolue.

Et le plus grave n’est pas l’effondrement du système éducatif. Le plus grave, c’est l’arrogance avec laquelle le pouvoir tente désormais de maquiller le désastre. Car enfin, comment peut-on parler de “bilan positif” lorsqu’un ministère reconnaît lui-même un déficit de 5 000 enseignants ? Dans n’importe quel pays sérieux, une telle révélation provoquerait une crise nationale, des démissions et un débat parlementaire d’urgence. Au Gabon, cela devient un élément de communication gouvernementale. Le cynisme est devenu la nouvelle méthode de gouvernance.

UN MINISTÈRE QUI SURVIT SUR LE DOS DES BÉNÉVOLES

Le discours ministériel ose célébrer la mise en solde de 721 enseignants bénévoles comme une victoire sociale. Une victoire ? Non. C’est un aveu de faillite morale. Depuis des années, l’État gabonais fait tourner l’école publique grâce à des enseignants exploités, humiliés et abandonnés dans une précarité scandaleuse. Des hommes et des femmes qui ont travaillé sans salaire stable pendant que les responsables politiques multipliaient les missions, les privilèges et les discours patriotiques.

Et aujourd’hui, le ministère voudrait être applaudi parce qu’il régularise enfin une partie de ceux qu’il a lui-même sacrifiés ? Quelle indécence. La vérité est simple : si les bénévoles arrêtaient tous de travailler demain matin, une grande partie du système éducatif s’effondrerait immédiatement. Voilà la réalité derrière les communiqués officiels.

Le chiffre est monstrueux. 5 000 enseignants manquent dans le pays. Cela signifie des salles surchargées. Des matières abandonnées. Des emplois du temps fantômes. Des élèves livrés à eux-mêmes. Des établissements qui fonctionnent dans le chaos administratif le plus total. Mais au lieu de reconnaître l’ampleur de la catastrophe, le ministère distribue des statistiques comme des calmants politiques.

Le pouvoir ne gouverne plus l’école gabonaise. Il improvise sa survie. Chaque rentrée scolaire ressemble désormais à une opération militaire de dernière minute. Affectations improvisées, retards de salaires, pénuries de professeurs, établissements non prêts, classes sans tables-bancs : le système fonctionne dans l’urgence permanente. Et pourtant, les autorités osent parler de “transformation historique”.

DES ÉTABLISSEMENTS DÉLABRÉS, MAIS DES CONFÉRENCES DE PRESSE LUXUEUSES

Pendant que la ministre présente ses PowerPoint climatisés, des milliers d’élèves étudient encore dans des conditions humiliantes. Des salles de classe étouffantes. Des plafonds fissurés. Des toilettes insalubres. Des laboratoires fantômes. Des bibliothèques mortes. Des établissements envahis par les herbes. Des élèves assis à même le sol dans certaines localités.

Le ministère reconnaît lui-même un déficit de 42 250 tables-bancs. Quarante-deux mille deux cent cinquante. Ce chiffre devrait provoquer la honte de tout un gouvernement. Comment un État capable de financer des cérémonies politiques gigantesques est-il incapable de garantir une simple table à un enfant ? Le Gabon officiel aime parler “d’émergence”. Mais dans les écoles publiques, beaucoup d’élèves apprennent encore dans des conditions proches de l’abandon humanitaire.

Puis vient le chapitre préféré des communicants : le numérique. 500 écrans intelligents. 1 000 tablettes. Des annonces futuristes destinées à impressionner les médias. Mais dans combien d’écoles l’électricité est-elle stable ? Dans combien d’établissements Internet fonctionne-t-il réellement ? Combien de salles informatiques sont aujourd’hui hors service faute d’entretien ? Le gouvernement transforme la technologie en spectacle politique pendant que les fondamentaux s’écroulent. On distribue des tablettes dans un système incapable de garantir correctement les craies, les manuels, les laboratoires ou même parfois l’eau potable. C’est le triomphe du décor sur la réalité.

LA POLICE À L’ÉCOLE : LE SYMBOLE D’UN ÉCHEC TOTAL

L’annonce du déploiement de 560 policiers scolaires est présentée comme une avancée majeure. En réalité, c’est surtout l’aveu effrayant d’un système éducatif qui perd progressivement le contrôle de lui-même. Quand l’école devient un espace qu’il faut sécuriser par la force publique, c’est que la société entière est malade.

La violence scolaire explose parce que les familles souffrent. Parce que les jeunes n’ont plus de repères. Parce que le chômage détruit l’espoir. Parce que l’école publique ne joue plus pleinement son rôle d’ascenseur social. Mais au lieu de traiter les causes profondes, le pouvoir répond par des uniformes, des slogans et des opérations médiatiques.

CAMÉLIA NTOUTOUME LECLERCQ OU L’ÉCOLE DE LA COMMUNICATION POLITIQUE

Le vrai talent de ce ministère n’est pas de réformer l’école. C’est de fabriquer des narratifs. Transformer des retards en “avancées”. Transformer des urgences en “stratégies”. Transformer des échecs structurels en “perspectives prometteuses”.

Le langage technocratique sert désormais à anesthésier l’opinion publique. Pendant ce temps, les enseignants s’épuisent. Les parents s’endettent. Les élèves décrochent. Et les syndicats sont marginalisés dès qu’ils dénoncent la réalité. Le plus inquiétant dans cette affaire n’est même plus l’état catastrophique de l’école gabonaise.

Le plus inquiétant, c’est la normalisation du mensonge institutionnel. Le pays semble désormais gouverné par des bilans PowerPoint pendant que les services publics s’effondrent dans le silence. Et pendant que les ministres célèbrent leurs “100 jours”, l’école gabonaise, elle, continue de mourir lentement sous les yeux d’un pouvoir devenu expert dans l’art de maquiller les ruines.

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