Projet PIAEPAL : Oligui Nguema démonte un grand marché de mirages
Il est des phrases qui valent un audit. Celle prononcée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema sur le plateau d’Africa 24 appartient à cette catégorie : « Nous payons deux fois la même chose. » En quelques mots, le Chef de l’État a résumé le paradoxe de certains grands projets publics au Gabon : des milliards engagés, des inaugurations annoncées, des communiqués triomphants… mais des robinets qui, eux, continuent de garder le silence.
Le PIAEPAL devait faire couler l’eau. Ce sont surtout les décaissements qui ont coulé à flot. Les chiffres donnent le vertige : 150 milliards de francs CFA déjà mobilisés, puis 120 milliards supplémentaires pour tenter de résoudre le même problème. Au total, 270 milliards consacrés à un objectif qui, pour de nombreux usagers, reste encore à concrétiser.
Dans ce théâtre des grands projets, chacun joue son rôle à merveille. Les études sont « prometteuses », les missions « satisfaisantes », les rapports « encourageants », les cérémonies « historiques ». Les maquettes sont impeccables, les présentations PowerPoint séduisantes, les discours remplis d’espoir. Seul le citoyen, lui, cherche toujours l’eau au bout du robinet.
On finit parfois par avoir l’impression que certains projets sont conçus davantage pour produire des dossiers volumineux que des résultats visibles. Les calendriers sont révisés, les budgets réévalués, les avenants s’empilent, tandis que les populations apprennent à patienter avec une résignation qui n’a rien de moderne.
Le plus troublant n’est pas seulement l’ampleur des sommes engagées. C’est la facilité avec laquelle l’échec semble devenir une étape ordinaire de la gestion publique. Lorsqu’un projet n’atteint pas ses objectifs, on lance un nouveau projet pour corriger le précédent, puis un autre pour réparer le deuxième. À ce rythme, certains chantiers donnent l’impression de se reproduire plus vite que les solutions.
La remarque du Président met également en lumière une question essentielle : où se situe la chaîne de responsabilité ? Les bailleurs financent, les entreprises exécutent, les administrations suivent, les contrôleurs contrôlent… et pourtant, lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous, les responsabilités deviennent aussi difficiles à trouver qu’une goutte d’eau dans un quartier en pénurie.
L’autre enseignement de cette séquence est politique. En suspendant les paiements tant que les résultats ne sont pas constatés, le Chef de l’État envoie un message clair : l’obligation de résultats ne peut plus être un slogan. Elle doit devenir la règle de gestion des projets financés avec l’argent public.
Mais cette exigence devra s’appliquer à tous, sans exception : maîtres d’ouvrage, bureaux d’études, entreprises, administrations, missions de contrôle et partenaires financiers. La transparence ne peut pas être sélective ; elle doit accompagner chaque franc CFA engagé.
Au fond, le véritable risque n’est pas seulement de perdre des milliards. C’est d’éroder la confiance des citoyens. Lorsqu’un projet est présenté comme la solution définitive et qu’il ne tient pas ses promesses, ce n’est pas seulement une infrastructure qui vacille : c’est la crédibilité de l’action publique qui s’effrite.
Les Gabonais ne réclament pas des miracles. Ils demandent que les annonces deviennent des réalisations, que les budgets se transforment en services, que les promesses prennent la forme d’une eau qui coule, d’une route achevée, d’un hôpital fonctionnel ou d’une école équipée.
Le développement ne se mesure ni au nombre de conférences, ni à l’épaisseur des rapports, ni au volume des communiqués. Il se mesure à ce que les citoyens voient, utilisent et vivent chaque jour.
Et si cette affaire du PIAEPAL devait laisser une leçon durable, ce serait peut-être celle-ci : un projet public ne devrait jamais être vendu comme un rêve tant qu’il n’est pas devenu une réalité. Car les populations ne vivent ni des maquettes, ni des promesses, ni du vent. Elles vivent des résultats.



