Retard dans la livraison du monument Georges Damas Aléka : l’entrepreneur Erick Mauro Nguémah convoqué et entendu par la DGR

Au Gabon, certains chantiers semblent avoir adopté la devise nationale officieuse : « Demain… ou après-demain. » Mais cette fois, le calendrier s’est heurté à un adversaire redoutable : le président Brice Clotaire Oligui Nguema.
Le monument Georges Damas Aléka, censé rendre hommage à l’une des grandes figures de la Nation, ressemblait progressivement à une œuvre d’art contemporain : chacun y voyait ce qu’il voulait, sauf une date certaine de livraison.
Face à cette lenteur devenue presque monumentale, le chef de l’État a manifestement décidé que les promesses devaient enfin céder la place aux résultats. Après plusieurs descentes sur le chantier, des rappels à l’ordre et un ultimatum avant les festivités du 17 août, le message semblait limpide : l’heure n’était plus aux explications, mais à l’exécution des engagements.
Puis survient l’épisode qui fait bruisser Libreville. L’architecte Erick Mauro Nguémah, principal maître d’œuvre du projet, disparaît des images de la visite présidentielle avant d’être entendu par les services compétents dans le cadre d’une enquête. Une séquence qui, sans préjuger des conclusions des investigations, nourrit toutes les conversations.
Dans cette affaire, une question flotte dans l’air : qui porte réellement la responsabilité des retards ? Le maître d’œuvre ? Les contraintes administratives ? Les modifications successives du projet ? Les délais compressés ? Ou cette vieille maladie nationale qui transforme parfois les calendriers en simples objets décoratifs ?
La satire trouve ici un terrain fertile. Au Gabon, il suffit souvent qu’un chantier accuse du retard pour que chacun découvre soudainement qu’il n’était responsable de rien. Les budgets se rétrécissent, les délais s’allongent, les responsabilités s’évaporent et, comme par magie, personne ne reconnaît être le conducteur du véhicule… pourtant tout le monde était assis à bord.
Le président, lui, semble avoir choisi une autre méthode : mettre chacun devant ses obligations. Dans une République où les inaugurations ont parfois précédé les finitions, le pouvoir entend désormais rappeler que les monuments ne se construisent ni avec des communiqués, ni avec des promesses, mais avec des réalisations concrètes.
Cette affaire dépasse finalement un simple chantier. Elle illustre la confrontation entre deux cultures : celle de l’urgence politique et celle des lenteurs administratives. La première exige des résultats immédiats ; la seconde semble persuadée que le temps finira toujours par résoudre les problèmes.
À quelques jours de la fête nationale, le monument Georges Damas Aléka est devenu bien plus qu’un ouvrage architectural. Il est un symbole de la capacité de l’État à faire respecter les délais qu’il fixe lui-même et de celle des acteurs publics à rendre des comptes.
Une certitude demeure : lorsqu’un président fixe une échéance, les horloges administratives n’ont plus vraiment le luxe d’être en retard. Et si cette affaire marque le début d’une nouvelle culture de responsabilité, alors le véritable monument ne sera peut-être pas celui de pierre, mais celui de l’exigence envers l’action publique.



