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Pierre Alain Mounguengui : l’homme qui a pris en otage le football gabonais… avec la bénédiction de la Fifa et de la Caf

Le football gabonais n’est plus gouverné. Il est prisonnier. Prisonnier d’un système verrouillé, d’un pouvoir qui refuse de mourir et d’instances internationales devenues expertes dans l’art de maquiller les crises sous des montagnes de textes juridiques et de discours diplomatiques.

En décidant de maintenir Pierre Alain Mounguengui à la tête de la FEGAFOOT jusqu’en décembre 2026, la FIFA et la CAF viennent peut-être de commettre l’une des plus graves erreurs politiques de ces dernières années dans le football africain. Une décision qui ressemble moins à une mesure de transition qu’à une véritable déclaration de guerre contre tous ceux qui réclamaient enfin une respiration démocratique dans le football gabonais.

Car soyons clairs : le problème du football gabonais ne date pas d’hier. Depuis plus d’une décennie, la FEGAFOOT est devenue le théâtre d’interminables querelles, de soupçons, de règlements de comptes et de conflits institutionnels qui ont fini par tuer toute crédibilité au sommet de l’instance. Et au milieu de ce champ de ruines administratives trône toujours le même homme : Pierre Alain Mounguengui.

Un président qui traverse les crises comme d’autres traversent les saisons. Un survivant politique dont la longévité finit par poser une question dérangeante : la FEGAFOOT appartient-elle encore au football gabonais ou est-elle devenue une propriété privée verrouillée par des réseaux d’influence et des protections internationales ? Pendant que les clubs agonisent financièrement, que les championnats perdent toute attractivité, que les jeunes talents fuient le pays et que les supporters désertent progressivement les stades, la priorité de la FIFA et de la CAF semble être ailleurs : protéger la mécanique institutionnelle coûte que coûte.

La FIFA et la CAF parlent de “continuité administrative”.

Le plus scandaleux dans cette affaire reste l’attitude des deux grandes instances du football mondial et africain. Au lieu d’imposer une sortie honorable à Pierre Alain Mounguengui pour permettre une transition apaisée, elles ont préféré se cacher derrière les statuts. Comme si quelques articles juridiques pouvaient effacer dix années de fracture, de méfiance et de colère accumulées dans le football gabonais.

Le football gabonais, lui, parle d’asphyxie. Cette décision révèle surtout une vérité brutale : à Zurich comme au Caire, on semble davantage préoccupé par les procédures que par la réalité du terrain. Peu importe si le climat est explosif. Peu importe si la gouvernance est contestée. Peu importe si le football national étouffe. Tant que les documents sont conformes, le système continue.

C’est la bureaucratie froide contre le bon sens.

Et voilà pourquoi la sortie de Dieudonné Ndoumbou Likouni fait autant de bruit. Derrière ses mots durs se cache une colère que beaucoup n’osent plus exprimer publiquement. Lorsqu’il parle de décision “parodique”, il vise directement cette hypocrisie institutionnelle qui consiste à prétendre sauver le football gabonais tout en reconduisant exactement les mêmes acteurs qui ont conduit la maison au bord de l’implosion.

Le plus ironique dans cette tragédie reste le rôle historique de Ndoumbou Likouni lui-même. L’ancien patron du comité de normalisation de 2013 avait participé au processus ayant permis l’arrivée de Pierre Alain Mounguengui au pouvoir en 2014. Treize ans plus tard, le même système produit aujourd’hui son propre monstre institutionnel. Comme quoi, dans le football africain, les normalisations finissent souvent par fabriquer des présidences éternelles. Mais derrière cette bataille personnelle se cache une question beaucoup plus grave : jusqu’où la FIFA et la CAF sont-elles prêtes à aller pour préserver leurs équilibres politiques internes ?

Car au Gabon, beaucoup commencent désormais à croire que Pierre Alain Mounguengui bénéficie d’une protection implicite des hautes sphères du football international. Une perception dévastatrice pour l’image des deux institutions. À force de vouloir apparaître neutres, elles donnent l’impression d’être complices.

Et c’est précisément là que réside le danger.

En prolongeant cette gouvernance jusqu’en décembre 2026, la FIFA et la CAF viennent peut-être d’ouvrir une boîte de Pandore qu’elles auront du mal à refermer. Le recours annoncé devant le Tribunal arbitral du sport pourrait transformer cette crise nationale en scandale international. Car cette fois, il ne s’agira plus seulement de statuts ou d’agréments administratifs. Il sera question de légitimité. Il sera question de démocratie sportive. Il sera question de confiscation du pouvoir. Et surtout, il sera question d’un football gabonais devenu l’otage d’un système incapable de se renouveler.

Pendant ce temps, les vrais problèmes restent abandonnés sur le bord de la route : championnat moribond, infrastructures délabrées, formation des jeunes en souffrance, clubs sans moyens, arbitres décrédibilisés, gouvernance opaque et absence totale de vision sportive. Mais à la FEGAFOOT, on parle encore de textes, de procédures et de maintien provisoire.

Provisoire ? Voilà un mot qui fait sourire jaune dans un football gabonais où le provisoire semble désormais durer éternellement. Le plus inquiétant est peut-être ailleurs : cette affaire montre que le football africain continue d’être dirigé comme une zone de gestion administrative et non comme un espace vivant où les peuples du football réclament transparence, alternance et crédibilité.

La FIFA et la CAF pensent avoir calmé la crise.

En réalité, elles viennent probablement d’allumer la mèche d’une explosion institutionnelle dont personne ne maîtrise désormais les conséquences. Et si demain la maison FEGAFOOT s’embrase totalement, Zurich et Le Caire ne pourront plus prétendre qu’ils ne voyaient pas la fumée.

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