63 milliards injectés dans les provinces et plusieurs infrastructures non livrées : qui a volé l’argent ?
« L’argent du contribuable n’est pas négociable. » Ah bon ? Voilà une nouvelle qui risque de surprendre du monde surtout du côté de certains bureaux climatisés où les milliards publics semblent avoir développé une fâcheuse tendance à disparaître sans laisser d’adresse.

La déclaration de Brice Clotaire Oligui Nguema sonne comme un coup de menton. Mais sur le terrain, c’est plutôt un coup de vent : ça souffle fort… et ça ne laisse rien derrière. Retour sur une affaire qui ressemble de plus en plus à un tour de magie budgétaire.
À l’arrivée du Comité pour la transition et la restauration des institutions, 63 milliards de FCFA sont injectés dans les provinces. Objectif officiel : financer des projets visibles, concrets, palpables. Résultat observable : des chantiers invisibles, des réalisations fantômes et des infrastructures qui semblent avoir été construites… dans l’imaginaire administratif.
On cherche les routes ? Elles s’arrêtent avant de commencer. On cherche les bâtiments ? Ils s’évaporent dès qu’on s’en approche. On cherche l’argent ? Là, en revanche, il a parfaitement trouvé son chemin. Et quel chemin !
Car dans cette affaire, tout est flou sauf les montants. 7 milliards par province. Pas une erreur de virgule. Une précision chirurgicale pour une exécution… disons, beaucoup plus artistique. Bien sûr, une enquête a été annoncée. L’ancien procureur, Bruno Obiang Mve, avait promis de « faire la lumière ». Depuis, la lumière semble en panne. Ampoule grillée. Disjoncteur sauté. Silence radio.
La justice avance, dit-on. Oui, mais à ce rythme-là, même un escargot finirait par porter plainte pour concurrence déloyale. Pendant ce temps, une question simple presque gênante continue de flotter dans l’air : qui a contrôlé quoi, exactement ?
Parce qu’il faut oser le dire : soit les contrôles n’existaient pas, soit ils étaient décoratifs. Dans les deux cas, cela s’appelle une défaillance. Dans le pire, une complicité passive. Dans le meilleur… une négligence monumentale.
Mais rassurez-vous : tout cela est sûrement très technique. Des milliards sortent. Des projets disparaissent. Et personne ne voit rien. Un miracle administratif, en somme. Le problème, c’est que les miracles, en finances publiques, finissent souvent par s’appeler autrement : détournement, surfacturation, évaporation organisée chacun choisira son vocabulaire, la réalité, elle, ne change pas.
Et pendant que les dossiers « suivent leur cours », le pays, lui, attend. Il attend de savoir si cette fameuse justice ira jusqu’au bout… ou si elle s’arrêtera poliment à la porte des responsabilités qui dérangent. Car il faut bien poser la question qui fâche : verra-t-on enfin les visages derrière ces milliards volatilisés, ou restera-t-on dans ce théâtre d’ombres où les coupables n’ont jamais de nom ?
Depuis des années, les scandales financiers au Gabon ont ceci de fascinant : ils éclatent, ils choquent… puis ils disparaissent, comme les fonds qu’ils dénoncent. Sans coupable. Sans sanction. Sans mémoire. Mais cette fois-ci, l’histoire pourrait être différente. Ou pas. Car au fond, tout est là : soit la justice tranche et le pays découvre enfin les saboteurs du progrès, soit elle hésite et confirme ce que beaucoup pensent déjà tout bas : que certains milliards, décidément, sont plus intouchables que d’autres. « L’argent du contribuable n’est pas négociable », dit-on. Encore faudrait-il commencer par le retrouver.



