Politique
Forum international de Libreville : un énième théâtre de bonnes intentions ?
À Libreville, le calendrier officiel a trouvé une nouvelle distraction : un forum de plus. Le FILID. Nom grandiloquent, promesses XXL, scénographie impeccable. L’annonce, portée par Théophane Nzame Nze Biyoghe et Nina Alida Abouna, sous l’ombre tutélaire de Brice Clotaire Oligui Nguema, prétend incarner le retour du Gabon sur la scène internationale. Rien que ça.

Mais à force de prendre les citoyens pour des spectateurs distraits, le pouvoir oublie une chose essentielle : la mémoire existe. Et elle est tenace. Sous Ali Bongo Ondimba, le pays a déjà été transformé en salle de conférence permanente. Le symbole ? Le très coûteux New York Forum Africa, vitrine luxueuse pilotée par Richard Attias. Des millions engloutis, des discours millimétrés, des invités triés sur le volet… pour quel résultat concret ? Une économie toujours sous perfusion, un chômage tenace, et une population laissée au bord de la route pendant que les élites échangeaient des cartes de visite sous climatisation. Et aujourd’hui, on recommence. Même logique. Même décor. Même promesse recyclée : « cette fois, c’est différent ». Sérieusement ?
Dans les couloirs feutrés du palais, certains conseillers — plus habiles à organiser des événements qu’à comprendre la réalité sociale auraient soufflé cette idée comme une solution miracle. Un forum pour rassurer. Un forum pour séduire. Un forum pour donner l’illusion que gouverner, c’est organiser.
Mais gouverner, ce n’est pas inviter des experts étrangers à venir expliquer, en anglais et sur PowerPoint, ce que les Gabonais vivent déjà au quotidien : chômage, précarité, économie peu diversifiée. La vraie question est brutale, et elle dérange : combien va coûter ce spectacle ? Et surtout, qui paie ? Réponse simple : encore le contribuable.
Encore de l’argent public pour financer billets d’avion, hôtels haut de gamme, consultants internationaux et discours calibrés. Une économie parallèle où certains viennent « vendre » des modèles économiques clés en main, souvent déconnectés des réalités locales, emballés dans un jargon technocratique impeccable… et totalement inopérant une fois les projecteurs éteints. Le FILID promet des partenariats, des investissements, des résultats concrets. Exactement comme avant. Exactement comme toujours. Et après ?
Après, il restera quoi ? Un communiqué final, quelques photos officielles, et un énième « comité de suivi » cette invention administrative qui sert trop souvent à enterrer proprement les promesses.
Pendant ce temps, le pays réel continue de tourner sans forum : les jeunes cherchent du travail, les entrepreneurs bricolent sans soutien réel, et les infrastructures attendent toujours mieux que des intentions. Il faut appeler les choses par leur nom : à ce stade, multiplier les forums sans résultats tangibles relève moins de la stratégie que de la fuite en avant.
Le Gabon n’a pas besoin d’un énième théâtre de bonnes intentions. Il a besoin d’actes, de décisions, de réformes qui se voient, se mesurent et se ressentent. Sinon, le FILID ne sera rien d’autre qu’une répétition générale de l’échec. En plus cher. En plus bruyant. Et, cette fois, avec encore moins d’excuses.



