Nzouba Ndama instrumentalisé pour mettre la main sur Bilie-By-Nze : une mise en scène bancale
À Libreville, certains ont décidé d’insulter l’intelligence collective avec une constance presque admirable. Dernier conte en date : les “gros bras” de l’appareil sécuritaire auraient eu besoin de Guy Nzouba Ndama pour mettre la main sur Alain-Claude Bilie-By-Nze. Rien que ça. À ce stade, ce n’est plus de la communication, c’est du théâtre de boulevard sans le talent.
Qu’on se comprenne bien : un appareil d’État capable de pister, d’intercepter et d’intervenir quand bon lui semble n’a pas besoin d’un ancien président de l’Assemblée nationale pour “indiquer la cible”. « Quand le chasseur tient le fusil, il ne demande pas au singe où se trouve la forêt ». Faire croire le contraire, c’est soit prendre les citoyens pour des enfants, soit avouer une faillite des services. Dans les deux cas, le récit est indéfendable.
Alors pourquoi cette mise en scène bancale ? Parce qu’il faut un coupable de substitution. Une silhouette commode. Un visage sur lequel accrocher les soupçons pour éviter de répondre sur le fond : qui décide, sur quelles bases, et avec quelles garanties ? Ici, on préfère la rumeur utile à la vérité exigeante. « Quand la marmite est vide, on fait beaucoup de bruit avec le couvercle ». Et du bruit, il y en a.
La séquence du 14 avril a été transformée en roman policier de seconde zone : rendez-vous supposément manipulé, horaires bricolés, présence “opportune”. Sauf qu’un détail ruine tout : un rendez-vous se fixe à deux. Le reste n’est qu’habillage. Les faits, eux, résistent têtus, comme toujours. Et les faits disent qu’un système qui fonctionne n’a besoin ni d’intermédiaire ni de parrain pour agir.
On nous sert ensuite la soupe tiède de la “coïncidence”. Or, à force d’aligner les coïncidences, on finit par dessiner une méthode. Une méthode qui floute la frontière entre le judiciaire et le politique, puis s’étonne que l’opinion y voie une ligne. « Le mensonge a beau courir, la vérité le rattrape au carrefour ». Et au carrefour, les versions officielles se contredisent à vue d’œil.
Quant à Guy Nzouba Ndama, le voilà promu deus ex machina d’une arrestation qu’il n’a ni ordonnée ni exécutée. Commode, mais grotesque. On criminalise le silence, on soupçonne la retenue, on fabrique des “complicités” à la chaîne. « Le chien qui veut tuer son frère l’accuse de rage ». Vieille technique : salir pour affaiblir, détourner pour ne pas expliquer.
Le plus inquiétant n’est pas l’absurdité du récit les capitales en produisent à la pelle. Le plus inquiétant, c’est la facilité avec laquelle on piétine les principes pour sauver une narration. Procédures à géométrie variable, interpellations à la brutalité discutable, requalifications opportunes : la rigueur devient optionnelle quand le storytelling prend le pouvoir.
Et puis, il y a cette question que personne ne veut poser franchement : si les “gros bras” avaient réellement besoin d’un guide, que dit cela de leur efficacité ? Et s’ils n’en avaient pas besoin hypothèse la plus crédible pourquoi persister dans cette fable ? « Qui cache le soleil avec la main finit par brûler ses doigts ». À force de travestir l’évidence, on finit par se brûler à la lumière.
Qu’on arrête donc cette comédie. Les Gabonais ne sont pas dupes, seulement patients. Et la patience a des limites. On peut maquiller les récits, pas les réalités. On peut multiplier les écrans de fumée, pas empêcher le vent de tourner.
Conclusion sèche : les “gros bras” n’ont jamais eu besoin de Guy Nzouba Ndama pour arrêter qui que ce soit. Le prétendre, c’est prendre le public pour un figurant docile. Sauf que le public commence à quitter la salle et, cette fois, sans applaudir.



