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Passeport diplomatique d’Ali Bongo : quand la rumeur d’État frôle la fiction politique

Il y a des mensonges qui passent, et d’autres qui en disent long. L’affaire du supposé passeport diplomatique de Ali Bongo Ondimba appartient résolument à la seconde catégorie : celle où la fabrication de l’information devient un outil politique à peine dissimulé.

Depuis plusieurs jours, une rumeur savamment entretenue sature l’espace médiatique gabonais : l’ancien chef de l’État aurait bénéficié d’un passeport diplomatique délivré par les autorités de transition. À l’appui, une image grossièrement authentifiée, des relais bien identifiés, et une mécanique désormais classique saturer l’opinion pour imposer un récit.

Mais voilà que la fiction se fissure.

L’ancien ministre et opposant Ali Akbar Onanga Y’Obegue est monté au créneau, balayant d’un revers de main cette construction médiatique. Mieux : il affirme parler « de source directe », se trouvant auprès de l’ancien président en France. Verdict sans appel : aucun passeport diplomatique n’a été délivré. Un démenti qui aurait dû clore le débat. Il ne fait en réalité que le déplacer et révéler ses véritables ressorts.

La fabrique du récit : entre zèle politique et communication officieuse

Dans les couloirs feutrés du pouvoir, certains semblent avoir fait du zèle une ligne éditoriale. À défaut d’annonces officielles, ce sont des relais informels plateformes complaisantes, activistes numériques, “experts” autoproclamés qui s’érigent en porte-voix d’un pouvoir en quête de narration. Objectif ? Fabriquer une image d’apaisement, suggérer une normalisation, voire orchestrer une réhabilitation symbolique sous contrôle. Quitte à tordre la réalité.

Car il faut poser la question frontalement : comment peut-on travestir à ce point le statut d’un ancien chef d’État ? Comment en arrive-t-on à manipuler l’identité institutionnelle d’un homme qui, quoi qu’on pense de son bilan, a dirigé le pays pendant plus d’une décennie ?

Le problème n’est pas ici la défense d’un homme, mais celle d’un principe. L’honneur des fonctions contre la légèreté des manœuvres. On peut critiquer, contester, voire rejeter l’héritage politique d’Ali Bongo Ondimba. Mais on ne peut pas effacer, ni bricoler, ce qu’il représente dans l’histoire institutionnelle du Gabon. Un ancien chef de l’État n’est pas une variable d’ajustement communicationnelle.

Dans toute démocratie même imparfaite  il existe un socle minimal : le respect des fonctions républicaines, indépendamment des personnes. En feignant d’attribuer ou de retirer des attributs officiels au gré des intérêts du moment, c’est ce socle qui vacille. Et pendant ce temps, le silence des autorités intrigue. Ni confirmation, ni démenti officiel. Rien. Comme si laisser prospérer le flou était devenu une stratégie en soi.

Communion politique” et loyautés intéressées

Dans ce théâtre d’ombres, une lecture plus cynique s’impose. Certains soutiens du pouvoir de transition, emmené par Brice Clotaire Oligui Nguema, semblent prêts à toutes les contorsions pour se maintenir dans les bonnes grâces du sommet.

La logique est connue : produire du récit favorable, anticiper les attentes, amplifier les signaux quitte à franchir la ligne rouge de la désinformation. Une forme de “communion politique” où la loyauté ne se mesure plus à la vérité, mais à la capacité de servir le narratif du moment.

Le danger ? Une banalisation du faux, une érosion de la parole publique, et à terme, une perte de repères pour l’opinion. Une affaire révélatrice d’un malaise plus profond. Au fond, cette polémique n’est pas anodine. Elle révèle un déséquilibre : celui d’un pouvoir encore en quête de légitimité narrative, et de relais prêts à combler ce vide par la fiction.

Elle interroge aussi l’état du débat public au Gabon, où la frontière entre information et propagande devient de plus en plus poreuse. Et pendant que les rumeurs circulent, coup d’État du 30 août 2023 au Gabon continue de produire ses effets politiques, institutionnels et symboliques. La transition, censée refonder les pratiques, semble parfois recycler les vieux réflexes : contrôler le récit plutôt que clarifier les faits.

La vérité comme variable secondaire ?

Dans cette affaire, une certitude émerge : le vrai n’est plus toujours la priorité. Ce qui compte, c’est ce qui circule, ce qui s’impose, ce qui sert. Mais à force de jouer avec la vérité, le risque est grand de voir la confiance publique se dissoudre complètement. Et dans ce cas, ce ne sont pas seulement les hommes qui perdent en crédibilité c’est l’État lui-même qui s’efface derrière ses propres fictions.

 

 

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