Culture

(Tribune libre) « vendredi Africain au Gabon : Quand le symbolisme va coûter plus cher que la réalité. »

Par Séif Mostley, Ancien Candidat Indépendant aux législatives 2025.

 Il faut saluer l’intention. Vraiment. Promouvoir l’identité culturelle africaine dans un contexte où la mondialisation homogénéise les apparences, c’est une démarche noble, presque poétique. Mais entre la poésie et la gouvernance, il y a un gouffre que ni le wax hollandais ni le bazin riche ne sauront combler.

Car, voilà le paradoxe savoureux de cette mesure : le Gabon, pays sans industrie textile digne de ce nom, vient de signer un chèque en blanc aux manufactures de Dakar, d’Abidjan, de Cotonou et d’Accra. Le raphia de nos forêts ? L’obom de nos artisans ? Oubliez. Ce sont les marchands venus d’ailleurs qui frotteront leurs mains chaque vendredi matin, pendant que le fonctionnaire gabonais fouille ses poches déjà trouées par la vie chère.

On appelle cela, dans la sagesse paysanne, bousculer la hiérarchie des nécessités. Nos frères burkinabè, eux, ont eu cette lucidité : avant d’imposer le bogolan, ils ont cultivé leur coton, structuré leurs filières, protégé leurs tisserands. La politique culturelle y précède l’industrie, ou plutôt, les deux marchent ensemble. Au Gabon, on décrète l’habit avant de tisser le tissu.

La Ve République gabonaise semble nourrir une passion particulière pour la réglementation du quotidien. On légifère sur ce que le citoyen pense, où ils s’informent et désormais sur ce qu’il porte. Dans cet élan régalien généreux, on aura simplement oublié de demander aux ménages si leur budget vestimentaire avait été consulté. Il ne l’a pas été. Il ne l’est jamais.

Dès lors, la conséquence logique s’impose d’elle-même : les travailleurs seraient parfaitement fondés à inscrire une prime vestimentaire dans leurs prochaines revendications syndicales. Ce n’est pas une provocation, c’est de la comptabilité élémentaire. Toute charge nouvelle appelle une compensation. À moins que l’on attende du salarié gabonais qu’il soit patriote à ses frais.

Quant au choix du vendredi, journée déjà allégée dans l’imaginaire collectif du fonctionnaire, veille du week-end, jour de mosquée pour une partie de la population, il laisse songeur. Est-ce un vendredi de célébration ou un vendredi de plus à gérer ? La question mérite réponse.

Promouvoir la culture gabonaise, oui. Mais peut-être en commençant par valoriser ce que nos mains savent déjà faire : le raphia, l’obom, les savoir-faire locaux qui attendent depuis des décennies un soutien étatique sérieux. Une politique culturelle crédible commence par l’investissement, non par l’injonction.

En attendant, quelque part entre Lomé et Abidjan, un grossiste en tissu wax compte déjà ses bénéfices du prochain vendredi gabonais. Cependant, pour nous la vraie fierté africaine ne s’importe pas : elle se construit.

 

 

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