Politique

Inauguration de la Cité de la démocratie : Oligui invite ses critiques les plus virulents à venir constater de visu ses réalisations

Par un curieux retournement dont la politique gabonaise a le secret, ceux qui hier dénonçaient à distance sont aujourd’hui conviés à venir constater de visu. Au centre de cette manœuvre soigneusement scénarisée : Brice Clotaire Oligui Nguema. L’homme fort du moment tend la main à ses détracteurs. Mais dans les arcanes du pouvoir, une main tendue peut aussi être une main qui teste.

Une invitation qui sent le calcul

Le 3 mai 2026, la très symbolique Cité de la Démocratie sera inaugurée en grande pompe. Sur cette « colline de fer », chargée d’histoire, le pouvoir entend écrire une nouvelle page. Mais difficile d’effacer la précédente : sous Ali Bongo Ondimba, le site avait été partiellement démoli pour laisser place à un projet de terrain de golf, symbole d’un pouvoir jugé déconnecté.

Aujourd’hui, le régime de transition recycle le lieu en vitrine institutionnelle. Et pour crédibiliser l’opération, il convoque ses critiques les plus virulents. Dans le casting annoncé : Bernard Rekoula, Jonas Moulenda, Thibaut Adjatys, ou encore Princesse de Souba. Des noms qui, jusqu’ici, n’étaient pas exactement invités à la table du pouvoir, mais plutôt relégués au banc des empêcheurs de gouverner en rond.

Le piège doré ?

Officiellement, tout est limpide : billets payés, liberté de circulation, parole libre. Une transparence affichée comme un trophée. Officieusement, le doute s’installe. Notre rédaction a pu échanger avec l’un des activistes invités. Sous couvert d’anonymat, il tranche sans détour : « On ne refuse pas de voir son pays. Mais on ne vient pas non plus servir de décor à une mise en scène. Il faut des garanties sérieuses. Personne ne veut finir sujet d’arrestation une fois sur place. »

Dans les cercles de la diaspora, le mot circule : piège. Et l’adage africain revient comme un avertissement : « Quand le crocodile t’invite à traverser la rivière, regarde d’abord l’état de ses dents. » Marketing politique ou ouverture sincère ? L’opération est, sur le papier, redoutablement efficace. Faire venir ses contradicteurs pour qu’ils témoignent eux-mêmes : voilà un coup de communication que peu de régimes osent tenter.

Mais le calcul est à double tranchant.

Si les invités repartent convaincus, Oligui Nguema remportera une victoire symbolique majeure. Il aura transformé ses critiques en relais involontaires. Mais si ces mêmes voix dénoncent une mise en scène ou des restrictions, l’effet boomerang pourrait être violent. Car comme le dit un autre proverbe bien connu : « Le mensonge a beau courir, la vérité le rattrape toujours. » Les activistes vont-ils céder ? La question brûle toutes les lèvres : ces figures critiques accepteront-elles l’invitation ? Rien n’est moins sûr.

Certains y voient une opportunité historique de confronter le pouvoir sur son propre terrain. D’autres redoutent une récupération politique savamment orchestrée.Dans les discussions internes, une ligne de fracture apparaît : les pragmatiques, prêts à observer et témoigner ; les méfiants, convaincus qu’« on n’entre pas dans la case du léopard pour lui expliquer qu’il sent mauvais ». Le test de crédibilité. Au fond, ce que joue Brice Clotaire Oligui Nguema dépasse une simple inauguration. Il met en jeu sa capacité à convaincre au-delà de son cercle. Inviter ses détracteurs, c’est une audace. Les laisser repartir libres de leurs mots, c’est un risque. Les convaincre, c’est un pari. Et dans cette partie, une chose est certaine : les activistes invités ne sont pas des figurants. Ce sont des voix aguerries, rompues à la critique, peu enclines à l’indulgence. Comme le résume un dernier adage : « Ce n’est pas parce que l’on change de masque que le visage disparaît. » Le 3 mai dira si la Cité de la Démocratie est un lieu de vérité… ou un théâtre de plus.

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